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dimanche 12 mars 2017

SORTIR DE L’EURO SERAIT UNE FOLIE (suite) : LA FACTURE

  Face à une affaire aussi complexe, il nous fallait nous appuyer sur les études d’experts incontestables ayant analysé toutes les conséquences du scénario de l'abandon de l'euro par la France. Deux documents publiés en février 2017 nous ont aidés à y voir plus clair.
-   un rapport de l'Institut Montaigne,
-   un livre de Patrick Artus et Marie-Paule Virard : " Euro, par ici la sortie ? "
  Voici donc ce qui nous attend, si nous revenons au Franc.
 Une crise financière majeure
  L'arrivée du "nouveau franc" en lieu et place de l'euro, s'accompagnerait immédiatement d'une dévaluation (20% pour l'institut Montaigne, 30% d'après nos deux auteurs).
Première bombe qui va exploser...
  Il en résulterait une augmentation massive de la dette publique et privée. Libellée en euro, elle augmenterait, en effet,  en franc dans les mêmes pourcentages que la dévaluation, non seulement pour l'Etat, mais aussi pour tous les agents économiques, notamment les banques, les assurances, les entreprises.
  L'accroissement de la dette française, qui s'élève actuellement de 2 100 milliards, est évalué à 20%, soit 420 milliards selon l'Institut Montaigne, et à 30%, soit 630 milliards selon les auteurs de "Euro, par ici la sortie". La charge budgétaire des intérêts sur la dette publique atteindrait à terme 10 milliards par an pour 1 point de hausse des taux selon l'Agence France Trésor et donc 40 milliards en cas d'augmentation de 4 points des taux d'intérêt (ce qui s'est déjà produit en Europe, en Italie notamment).
  En résumé, plus de dette à rembourser et plus d’intérêts à payer.
  Vient s'ajouter à cette dette, la dette privée du secteur économique, 2 fois plus élevée.
Seconde bombe : l'Etat sera contraint de renflouer le système bancaire, les assurances ainsi que les entreprises pour éviter leur faillite.
  Il s'agira donc bien d'une crise systémique qui frappera tout le pays.
Un effondrement général de l'économie
  Ce risque systémique, c'est à dire celui d'un effondrement général de l'économie, est difficile à évaluer, tant il dépendra de la gestion par les pouvoirs publics et de la communication politique, du niveau de panique de la population française et aussi de la réaction des marchés internationaux.
  Ici, il faut dénoncer un enfumage du FN : celui-ci défend l'idée que nos contrats étant libellés en droit français, l'Etat pourrait décréter la transformation de la dette en franc. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il s'ensuivrait un gigantesque contentieux international et l’impossibilité de continuer à emprunter sauf à des taux dissuasifs. Le FN a la réponse : faire tourner la planche à billets d’une Banque de France qui aurait perdu son indépendance. C’est entrer dans le cycle infernal inflation/dévaluation.
 L'Argentine a tenté l'expérience. Elle a fini par négocier avec ses créanciers et a perdu sa capacité d'emprunter. On sait ce qu'il en est advenu, une grande misère. On connaît aussi ce qu'il en a coûté à la Grèce de simplement menacer de ne pas rembourser sa dette...
Le jeu de dominos
 La dette publique de la France est détenue pour 64% par des non-résidents, soit 1 350 milliards.
Il est impossible de spolier les non-résidents en leur imposant une transformation de leur créance en "nouveau franc", cela mettrait la France "en défaut" sur les marchés internationaux et lui interdirait tous nouveaux emprunts.
Par contre, les détenteurs nationaux pourront être spoliés sans vergogne, notamment au travers de leurs assurances-vie qui détiennent une part importante de la dette de l'Etat.
  Mais les conséquences de cette crise financière ne se limitent pas aux effets sur la dette.
  La dévaluation qui suivra la sortie de l'euro entraînera une fuite de l'épargne française et des capitaux étrangers. Qui conserverait des francs dévalués et une créance devenue incertaine?
  Les épargnants français essaieront de conserver leurs avoirs en euros, soit en les plaçant à l'étranger, soit sous leur matelas ou au moyen de tout autre combine, comme les Grecs en 2011.
Les étrangers, quant à eux, s'envoleront vers des cieux plus cléments.
  Dans cette situation, trouver du crédit pour financer les besoins d'investissement des ménages et des entreprises deviendra mission impossible et l'ensemble du système financier sera en danger.
  L'Etat n'aura d'autre choix que de revenir aux méthodes du passé, la mise sous contrôle de la circulation des capitaux et la limitation des dépenses en devises étrangères, ce qui pèsera à nouveau sur le taux de change et les taux d'intérêt.
  Enfin, pour éviter de se trouver en faillite lui-même, l'Etat sera contraint de réduire drastiquement ses dépenses, d'augmenter les impôts, voire de ponctionner l'épargne des français.
 Des français appauvris, une France déclassée
 Nous avons vu que pour sortir de l'euro, il fallait quitter la zone de libre-échange avec pour corollaire inévitable : une crise économique majeure.
 L'Institut Montaigne a étudié 3 scénarios possibles, l'un favorable, l'autre médian, et un dernier défavorable. Regardons le scénario médian.
  La richesse nationale produite chaque année baisserait à long terme de 9%. Concrètement le PIB serait amputé de 180 milliards avec à la clé une perte de 500 000 emplois.
  A court terme, il est vrai que la dévaluation relancerait nos exportations mais la France étant sortie du marché unique, elle ne bénéficierait plus de la libre circulation des marchandises. Nos partenaires mettraient en place des barrières tarifaires et réglementaires qui annuleraient l'avantage compétitif résultant de la baisse de notre monnaie. Le coup de fouet aux exportations ne serait donc que très provisoire.
  En revanche, une dévaluation ne réduirait pas considérablement les importations car une grande partie des produits "made in France" est fabriquée à partir de matières premières ou composants qui ne se trouvent plus en France. On continuera donc à les importer mais on les paiera plus cher.
  Ainsi instaurer des droits de douane aurait pour effet principal de renchérir le prix de ces produits, d'alimenter l'inflation et d'appauvrir les français.
  Pour compenser l'inflation, il faudra augmenter les salaires, ce qui diminuera la compétitivité des produits nationaux.
  Puis pour retrouver un avantage compétitif à l'exportation, il faudra à nouveau dévaluer le franc et re-bonjour le cycle infernal bien connu d’alternance d'inflation et de dévaluation, accompagné de la diminution du pouvoir d'achat qui en résulte nécessairement.
  De plus, notre capacité d'innovation sera atteinte. Les investissements étrangers qui contribuent non seulement à créer des emplois mais aussi à développer fortement le secteur Recherché & Développement déserteront. La France subira un abaissement technologique fortement pénalisant pour la qualité et la compétitivité de sa production.
  Ce scénario implacable démontre avec précision et clarté que notre sortie de l'euro entraînerait un appauvrissement des français et un déclassement de la France. Il ne faut jamais l’oublier !
  Il est temps que les candidats qui restent attachés à l’euro (comme plus de 60% des français) expliquent eux-mêmes et plus clairement qu’ils ne le font, ce qui risque de leur arriver.
Deux heures moins le quart avant le chaos
  Aussi  terrorisant que soit le scénario que nous venons de présenter, la situation, en cas de sortie de la France de l'euro, a toutes les chances de se révéler bien pire. Nous n'avons en effet évoqué que les conséquences d'une sortie de la France mais il est extrêmement probable que le FREXIT entraîne également l'explosion de la zone euro et donc la fin de l'Union Européenne.
  Quand Marine Le Pen cherche à calmer les inquiétudes qu'elle suscite, elle explique qu'elle ira négocier avec nos partenaires pour obtenir un régime dérogatoire. Compte tenu du poids de la France et de l'autorité qui émane d'elle, elle obtiendra assurément le droit de sortir des traités de libre-échange, d'élever des barrières douanières, de retrouver la souveraineté monétaire, d’obtenir de la Banque centrale des concours exceptionnels et en prime, un câlin de Madame Merkel.
 Ce sont les français qui décideront par référendum, dit-elle. Si elle obtient l'accord qu'elle souhaite elle demandera de voter "oui". Si elle n'y parvient pas elle demandera de voter "non" et si les français ne la suivent pas elle démissionnera. Enfin une perspective réjouissante ! 
  Sauf qu'à ce moment-là, il n'y aura peut-être plus d'Europe ou une Europe réduite à l'Allemagne, aux Pays- Bas,  au Luxembourg, à l'Autriche, et les quelques autres pays du nord qui respectent les critères de l'euro. Les pays du sud, dont la France, seront incités à constituer une "Europe des pauvres" condamnée à la décadence... Mais comment décrire l’Apocalypse ?
   Pour terminer, voici une citation très éclairante de Marion Maréchal Le Pen, la nièce, : "Je me fiche de savoir si ma fille devra un jour payer sa burqa en francs ou en euros !" qui montre au moins deux choses : d'abord que la dé-diabolisation du parti n'est que façade, ensuite que  le FN est divisé sur la question de la sortie de l'euro.

  Si même certains d’entre eux le comprennent, pourquoi pas l'ensemble des électeurs français ?

(1) Think tank indépendant, l’Institut Montaigne est une plateforme de réflexion, de propositions et d’expérimentations consacrée aux politiques publiques en France.
(2) Diplômé de l’École polytechnique, de l’ENSAE et de Sciences Po, il est professeur associé à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, membre du Conseil d’analyse économique, du Cercle des économistes, ancien administrateur de l'Insee et professeur de sciences économiques à l'École polytechnique et Directeur de la Recherche et des Etudes de NATIXIS. Il est un des spécialistes français en économie internationale et en politique monétaire.
Marie-Paul Virard est journaliste et écrivain, ancienne rédactrice en chef du magazine Enjeux-Les Échos.

PS. Merci à Dominique F-C qui nous a aidé à rédiger ces deux chroniques.

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