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samedi 11 février 2017

LA BAGUETTE MAGIQUE DE MARINE LE PEN

  On sait maintenant que le Brexit s’est joué sur un gros mensonge : la Grande-Bretagne verse 350 millions de livres Sterling chaque semaine à l'Union européenne ! Nigel Farage, leader de UKIP, parti souverainiste pro-Brexit, celui qui joué le rôle décisif dans le vote des britanniques, a lui-même reconnu "qu’il s’agissait d’une erreur". Scandaleuse escroquerie, plutôt !
 Jeudi soir lors de l’"Émission politique" sur France 2  Madame Le Pen a enfilé inexactitudes et mensonges sans que cela ne soulève la moindre réaction de personne ni pendant ni après. Nous avons donc eu l’illustration du talent politique et de l’art du mensonge de Marine Le Pen mais aussi de l’incompétence et de l’ignorance des journalistes interviewers qui se sont fait balader sans jamais être capables de dire le vrai face aux bobards. La trouille ou l’absence de travail ? En général, ils n’ont pas la courtoisie élémentaire de laisser leur invité répondre à la question posée. Avec Le Pen, on aurait dit des poules tétanisées devant le renard.
   Nous nous concentrerons sur un seul sujet et ses trois mensonges.
  Le sujet est l’Europe. Pour faire simple, Madame Le Pen nous explique qu’il n’y a aucun risque pour les français et que la France a tout à gagner d’un Frexit. Quand un sujet est complexe, on peut dire n’importe quoi sans grand risque d’être contredit. Prenons trois exemples.
1/ Puisque les français sont débiles on va faire simple et commencer par le coup de la baguette. La France abandonne l’euro et le remplace par le nouveau franc. Un euro = un franc ; le français qui achète sa baguette ne se rend compte de rien : la baguette qui coûtait un euro coûte un franc. Mensonge ! Le jour du changement de monnaie, le nouveau franc aura déjà commencé à perdre de sa valeur. De combien sera-t-il dévalué ? Les marchés  le diront mais la baisse du franc sera un processus continu. Le prix de la baguette va donc commencer à augmenter : la farine, même produite en France mais dont le prix dépend des cours en dollar sur le marché mondial, va augmenter, comme l’énergie dont la boulangerie est grosse consommatrice. Évidemment, ces hausses seront répercutées sur le prix de la baguette. Mais l’exemple est habile car 50% du prix du pain proviennent des frais de personnel. Les salariés sont payés en franc et il n’y aura donc pas de répercussion immédiate à la hausse qui devrait rester limitée. C’est oublier l’inflation qui accompagnera nécessairement la dévaluation et que des ajustements de salaires auront lieu. Mais, même avant inflation des salaires, dont nous reparlerons plus loin, le pain coûtera plus qu’un franc dès le lendemain puisque la farine et l’énergie auront augmenté. Sauf à bloquer les prix ! Faut le dire, alors.
2/Les personnes âgées ne se rendront compte de rien, non pas parce qu’elles sont gâteuses mais parce qu’on va leur raconter des bobards. Écoutons Marine Le Pen, quand elle nous dit que l’euro a perdu ces dernières années 30% de sa valeur par rapport au dollar et que cela n’a rien changé pour les épargnants. Sans doute et d’ailleurs il est revenu au même niveau qu’à sa création. Mais la bonne question est : si l’euro perd 30% vis-à-vis de toutes les monnaies, est-ce que cela changera quelque chose (c’est d’ailleurs ce qui se passerait avec madame Le Pen) ? Évidemment oui, puisque c’est son pouvoir d’achat qui aura baissé d’autant. L’exemple ci-dessous de notre téléviseur le démontre bien. Cela est tout aussi vrai pour des achats en francs avec l’inflation qui rognera votre capital. Si vous répondez non, cela signifie que vous n’avez pas l’intention d’utiliser un jour votre argent. L’État aura donc raison de vous confisquer tous vos avoirs puisque vous ne vous en rendrez pas compte…
3/La dette de la France. Elle est libellée en euro. Quand il va falloir la payer avec nos francs dévalués cela va couter bonbon ! 2.200 milliards, disons 20% de évaluation du franc et la facture augmente de 440 milliards ! Heureusement que Marine s’est offert un énarque, le brillantissime Floriant Philippot qui a un argument imparable : « «Vous ne connaissez pas votre droit international. Il y a une "lex monetae, une loi de la monnaie. Aujourd'hui, 85% de la dette publique est libellée en contrats de droit français. L'augmentation de la dette sera donc minime, de l'ordre de trois points de PIB.» "Lex monetae", l’expression plait tellement à Marine qu’elle l’a répétée trois fois. Cela veut dire qu’un pays peut changer sa monnaie à sa guise et que cela s’impose aux créanciers. Nous créanciers qui avaient prêté en euros solides et trébuchants se retrouveront avec des francs dévalués. Trop malin ?  L’Argentine a tenté le coup, elle a été trainée devant les tribunaux internationaux par des fonds de pensions qui ignoraient le latin. Elle a perdu tout crédit et a fini par se coucher. Elle s’est ruinée. Il faut dire qu’elle a l’habitude, elle fait le coup tous les 20 ans et le peuple a une longue expérience de la misère.
  Mais il y a pire, quoi qu’il advienne du capital de la dette et même si l’on arrive à négocier avec les créanciers, la France aura toujours besoin d’emprunter et les préteurs qui ne sont pas des gamins répercuteront dans le taux d’intérêt le capital perdu (et il ne faudra plus compter sur la générosité de la BCE). Du coup, le service de la dette, c’est-à-dire le paiement des seuls intérêts, premier poste de dépenses du budget public, augmenterait chaque année dans des proportions considérables (1). Et puis, il n’y pas que l’État qui est endetté, le secteur privé l’est également dans les mêmes proprtions, croyez-vous qu’il pourra changer sa dette en franc ?
   Nous avons réservé le pire pour la fin : l’inflation. Sujet complexe mais que l’on peut simplifier : en perspective de la prochaine coupe du monde de football vous avez décidé de vous offrir une grande télé à écran plat. Vous avez prévu de dépenser 2.000 euros que, sagement vous avez placés sur un Livret d’Épargne. Mais voilà que le FN arrive au pouvoir et applique sa politique. Avec un euro dévalué et en plus quelques droits de douanes pour protéger le made in France, vos 2.000 euros valent désormais 2.000 francs mais l’appareil que vous convoitiez coûte maintenant 3.000 francs. Acheter une télé fabriquée en France, avec des composants français ? Ça n’existe pas, il faut donc l’importer et la payer en devises non dévaluées. Vous pourrez toujours, comme dans les pays pauvres, regarder les matchs derrière les vitrines des grands magasins. Bof ! La France sera rapidement éliminée.
  Vous aurez alors compris que c’est votre niveau de vie qui est atteint et vous ne vous laisserez pas faire. Vous multiplierez les grèves pour obtenir une revalorisation des salaires que le pouvoir et les patrons ne pourront vous refuser. Relance de l’inflation, cycle vicieux ! Si vous êtes trop jeune, relisez les livres d’histoire sur la période qui a précédé l’euro.
    L’inflation, c’est la plaie. Elle rabaisse le pouvoir d’achat des salariés, renchérit le coût des produits étrangers (la France importe 60% des produits manufacturés qu’elle consomme), rogne les économies des plus modestes (parce que les riches ont depuis longtemps protégé leurs avoirs contre les fluctuations monétaires). En plus, c’est une spirale sans fin : l’inflation pousse les taux d’intérêt à la hausse, accélère la dévaluation de la monnaie qui relance l’inflation. Il y en a à qui cela  rappellera quelques souvenirs …
  Certains ne croiront pas à ce scénario catastrophe. Nous leur posons alors une question : vous avez des économies, disons 50.000 euros, placés sur un compte d’épargne, un Livret A, par exemple, peu importe. Vos 50.000 euros valent 50.000 francs le premier jour, puis 45.000 F, puis 40.000F et ainsi de suite…Si vous avez une assurance vie, ce sera pire car vous aurez non seulement la dévaluation de la monnaie mais aussi une perte en capital. On sait, en effet que les assurances-vie sont majoritairement investies en obligations et que plus les taux d’intérêt montent, plus la valeur d’une obligation baisse. L’État sera contraint soit de bloquer les fonds pour éviter la ruée pour les retraits, soit de les amputer d’une partie de leur montant, soit les deux (c’est ce que qui est arrivé à Chypre). Que faites-vous ? Vous retirez vos fonds à temps de la banque, avant que la fée Le Pen n’arrive, ou vous sacrifiez vos économies par solidarité nationale ?
  Ou vous ne votez pas Marine Le Pen…
 Bien entendu, l’économie est bien plus compliquée que l’exercice auquel nous nous sommes livrés, certains raisonnements sont probablement contestables et les chiffres cités incertains. Mais bon sang, pourquoi personne, jamais, nulle part, ne parle de ces questions aux français.. Sans doute est-il trop difficile d’avoir ce débat compliqué entre des gens qu’aucun mensonge ne rebute  et des français que l’on prend pour incapables de comprendre. Attendons donc que Le Front national arrive au pouvoir, ils comprendront tout de suite ! Mais trop tard …

 (1)L'Agence France Trésor chiffre l'impact budgétaire d'une hausse de 1% sur l'ensemble des taux relatifs à la dette de l'État à 2,2 milliards d'euros la première année, puis 5 milliards la deuxième et 10 milliards au bout de 5 ans.
Christian Noyer, l’ex-gouverneur de la banque de France avait calculé en 2015  qu’une hausse permanente des taux de 1 point sur l'ensemble des maturités de la dette en 2015, c'est-à-dire sur toutes les durées d'emprunt, "coûterait 40 milliards d'euros aux finances publiques". Pour une hausse d’un petit point.
Lors de la crise de l’euro, l’Italie et l’Espagne devaient payer un taux d’intérêt de l’ordre de 5.5% soit plus de points que ce que la France paye aujourd’hui (nous ne parlons pas de la Grèce : 22% !). Pas grave, dirait Le Pen, on les paiera en nouveau franc qui ne vaudra plus que quelques haricots.
Imaginons que nous sortions de l’euro et perdions donc les financements plus qu’avantageux de la BCE tandis que nous serions en contentieux avec nos créanciers, ce sont bien ces taux-là qu’il faudrait payer, soit 40 milliard par an en rythme de croisière et 160 milliards sur la dette actuelle jusqu'à son échéance !
 (2) Mais c’est sans compter sur l’ingéniosité de l’État qui a une arme pour empêcher la fuite de capitaux : le contrôle des changes qui a perduré en France jusqu’en 1985, date de la création de l’ECU, ancêtre de l’Euro et dont l’objectif était d’assurer la stabilité des cours des monnaies européenne grâce à un politique concertée des taux d’intérêt. Le système disparaîtra avec la création de la zone euro, sa monnaie unique et la liberté de circulation des capitaux. Jour de liberté ! Avec le contrôle des changes, l’État limite l’achat des divises au strict nécessaire pour payer des importations indispensables ou permettre l’obtention d’un volume limité de devises à l’occasion d’un voyage à l’étranger. Tout achat de divises doit être limité et justifié. Il est d’interdire de détenir des devises à l’étranger soit qu’elles proviennent des exportations soit qu’il s’agisse d’avoirs détenus par les entreprises et les particuliers. Dans ce cas-là Marine, tu devras fermer ton compte à Zurich et rapatrier les fonds. Ou ne pas le déclarer mais la condamnation risque d’être sévère… Maintenant si tu as une grosse lessiveuse à Montretout, c’est là que jadis on cachait les gros billets.

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