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jeudi 16 février 2017

HAMON S’EST OFFERT UN MAGICIEN POUR DÉCONSTRUIRE L’EUROPE

  Que Marine Le Pen et le FN veuillent la fin de l’euro et de l’Europe cela ne fait aucun doute. S’agissant de Hamon, le projet est plus pervers. De même qu’il y a plusieurs façons de noyer son chien, il y a plusieurs moyens de tuer l’Europe.
  Le Pen a choisi la violence : réintroduire une monnaie nationale, le Nouveau Franc. Ce qu’elle ne dit pas c’est que revenir à sa monnaie d’avant l’euro, c’est sortir de la zone euro. Or on ne peut pas sortir de l’Euro sans sortir de l’Europe. C’est l’un et l’autre. La Grande-Bretagne, qui ne fait pas partie de la zone euro a décidé de sortir de l’Europe et elle découvre combien cela va être compliqué et prendre du temps.
  La tactique de Hamon consiste à exiger des choses impossibles : l’annulation des dettes contractées par les pays membres les plus endettés, détenues par les états membres de l’UE. Pas besoin de faire un dessin, l’Allemagne, les Pays-Bas, les états scandinaves, les pays de l’est, qui sont peu endettés, paieront la dette de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal et bien entendu de la France, qui ont une dette excessive. En contrepartie de quoi ? La mutualisation de la nouvelle dette européenne. C'est-à-dire que les pays qui ont fait défaut (parce qu’une remise de dette signifie que l’on a fait défaut) et qui seront pour cela immédiatement et sévèrement dégradés par les agences de notation ne pourront plus emprunter ou alors à des conditions insupportables.  Mutualiser signifie que la dette européenne, c'est-à-dire que les futurs emprunts de la France, notamment, seront garantis par l’Allemagne (et les autres états accessoirement) ce qui ouvrira le robinet de la dette à des conditions encore meilleures qu'aujourd'hui . Mais ce n’est pas tout, les statuts de la BCE devront être modifiés pour lui permettre de refinancer directement les états. On pourra alors dépenser sans limites, c’est la raison pour laquelle Hamon demande un moratoire du pacte de stabilité, qu’il n’a jamais pardonné à Hollande d’avoir signé, afin d’en concevoir un nouveau plus souple sur les règles de déficits. C'est vrai, pourquoi limiter les dépenses publiques puisque ce sont les autres qui paieront notre dette ?
  Nous avions comparé Hamon au père Noël mais il s’agissait des cadeaux promis aux français. Vis-à-vis de l’Europe ce serait plutôt le ravi de la crèche. Croit-il vraiment qu’avec de telles idées, il va faire battre le cœur de nos amis européens, à part bien sûr les méditerranéens ? Comme si l’union des faibles faisait la force !
  Croit-il que nous soyons revenus au temps de "l’Allemagne paiera". S’il y croit c’est inquiétant pour sa santé mentale, s’il n’y croit pas c’est grave pour la France. Que fera-t-il, en effet, après les baffes qu’il ne manquera pas de recevoir, se coucher comme Hollande en 2012 ou claquer la porte ? Parce qu’avec tous les cadeaux annoncés et les dizaines, voire centaines, de milliards promis, la France va faire exploser les règles de Maastricht et elle subira le même sort que la Grèce. Seulement la France n’est pas la Grèce et sa défaillance mettra en péril la zone euro toute entière et donc l’Europe. Voilà comment Hamon, se fait l’allié objectif du FN dans la déconstruction de l'Europe.
  Mais l’entreprise de démolition ne s’arrête pas là. Après le père noël et le ravi de la crèche voici le roi mage. Un grand expert mondial, qui est à l’économie ce que Marc Lévy est à la littérature, apporte un magnifique cadeau. Hélas, ce n’est pas de l’or dont nous aurions grand besoin, ni de l’encens qu’il réserve à son propre usage, ni de la myrrhe cette gomme-résine qui nous serait bien utile pour effacer la dette. Non, il amène ce qu’il sait faire, et vend fort cher, bien que personne, jusqu’à présent, ne se soit porté acquéreur : une idée !
  Pour une idée, c’est une sacrée idée : comme il a compris que les projets de son maître étaient fumeux, qu’il n’avait d’autre perspective auprès de Bruxelles que le ridicule, qu’il avait donc perdu le match avant même qu’il ne débute, Piketty a convaincu Hamon qu’il fallait commencer par changer les règles et les modes de gouvernance de l'Europe.
  Il faut suivre "l'idée" avec attention car elle le mérite.
  Il propose "un gouvernement démocratique" remplaçant le Conseil européen (c'est l’institution européenne réunissant les chefs d’États et de gouvernements des États membres) par une "assemblée de la zone euro", constituée de 100 à 150 membres, issus des parlements nationaux, selon le poids démographique (jusqu'à présent le critère était le PIB!) de chaque pays. Toutes les sensibilités des parlements nationaux seraient aussi représentées. Cela donnerait une trentaine de députés pour l'Allemagne et environ 25 pour la France. Un ministre des Finances qui devrait obtenir la majorité de ces parlementaires serait ensuite nommé pour mener la politique globale. Il pourra alors réellement être question d'une renégociation des dettes voire d'un effacement, d'une harmonisation fiscale ou d'une discussion sur les excédents commerciaux de l'Allemagne. 
  Cette dernière ne  risque-t-elle pas de s'opposer à cette révolution qui mettrait à mal son leadership ? "L'Allemagne ne peut pas dire non à la démocratie parlementaire car l'Allemagne repose sur cette démocratie" prophétise le magicien. Bien sûr qu’elle dira nein et pas seulement pour une raison de leadership (on ne voit pas d’ailleurs en quoi cela nuirait à son leadership puisqu'il est encore plus fort dans la zone euro) mais parce c’est totalement absurde. 
  Créer une nouvelle assemblée avec des députés qui n’ont pas été élus pour cela ? Les choisir dans les parlements nationaux et non pas au parlement européen parmi les députés élus dans les pays de la zone euro, qui seraient plus légitimes ? Un ministre des finances pour la seule zone euro alors qu’il est censé mener une politique globale ? Traiter dans cette assemblée limitée à la zone euro les questions d’excédents commerciaux et de fiscalité qui concerne l'Europe tout entière ? Ma parole il veut sortir la zone euro de l’Europe !
   Piketty sait bien qu'il faudra en passer par un nouveau traité pour mettre en place cette assemblée de la zone euro. Mais qui dit nouveau traité dit unanimité de tous les pays, ce qui sera très compliqué à mettre en œuvre et tout simplement impossible pour de telles réformes. 
  Sauf si les règles changent. "Il ne faut pas que ceux qui ne veulent pas rentrer dans ce traité puissent le torpiller". Alors comment faire ? "Il faut une règle disant que dès lors que des pays représentant 80% de la population ou du PIB (tiens, il revient au PIB ?) de la zone euro ont ratifié, ça entre en vigueur". 
  Ok, mais comment fait-on pour changer les règles ? Pas d’autre solution que de suivre la procédure imposée par le traité et donc de changer les règles qui permettent de changer les règles… À commencer par celles qui imposent l’unanimité des états membres mais il faut un accord à l’unanimité pour cela ! (1)
   Comment surmonter l’aporie de Piketty ? C’est simple, par une tautologie : "L'Allemagne ne peut pas dire non à la démocratie parlementaire car l'Allemagne repose sur cette démocratie". Un magicien on vous dit…
  Avec de tels conseillers et les inévitables conflits et divisions que susciteront les exigences de la France on va tout droit vers la désintégration de l’Europe. Formidable ! La Grande–Bretagne se prépare à deux ans de négociations de chiffonniers sur les modalités de sa sortie de l’Europe et Mélenchon  veut "sortir de tous les traités européens"(2). Ils n’auront même pas à se donner cette peine, l’Europe se sera fait sauter toute seule. Merci Hamon.
  C’est vrai que les perturbateurs endoctrinés sont dangereux !

(1) l’Article 48 du  traité sur l'Union européenne (version consolidée) prévoit qu’une "Conférence des représentants des gouvernements des États membres doit arrêter d'un commun accord les modifications à apporter aux traités qui n’entrent en vigueur qu’après avoir été ratifiées par tous les États membres conformément à leurs règles constitutionnelles respectives." Donc  il faut l’unanimité des états membres sur la révision envisagée puis une ratification par tous les états.


(2)Programme du candidat Mélenchon : "C’est pourquoi nous devons sortir des traités européens qui nous font obligation de mener des politiques d’austérité, sans action de l’État ni investissements publics. Tout cela au prétexte d’une dette dont tout le monde sait qu’elle ne peut être payée dans aucun pays. Notre indépendance d’action, la souveraineté de nos décisions ne doivent donc plus être abandonnées aux obsessions idéologiques de la Commission européenne ni à la superbe du gouvernement de grande coalition de la droite et du PS en Allemagne."

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