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jeudi 8 décembre 2016

UN POLITIQUE EST NÉ

 Au soir du premier débat de la précédente primaire socialiste, le 15 septembre 2011, séduit par la modernité et la détermination de Manuel Valls, nous écrivions : « Un homme d’État est né !». Aujourd’hui nous dirions : « Un homme politique est né ! »
  Ce n’est pas une vraie surprise. Certains lecteurs anciens de nos blogs se souviendront qu’après la nomination de Manuel Valls à Matignon, le 8 avril 2014, nous avions naïvement considéré que son accession à la tête du gouvernement marquait la fin de notre longue route sur le chemin de la rénovation du socialisme français.
  Hollande, c’est sa nature, n’avait  pas été clair depuis sa prise de fonction et nous avions déjà compris qu’il ne serait pas le sauveur que la gauche attendait. Il ne serait pas le social-démocrate que réclamait la France mais plutôt l’éternel politicien à la recherche de l’impossible synthèse au service de son propre destin.
  Mais avec l’arrivée de Manuel Valls à Matignon nous  avons cru que nous étions enfin arrivés : la gauche moderne allait s’affirmer et la France, après l’Allemagne de Schröder et la Grande-Bretagne de Tony Blair, allait s’engager dans les grandes réformes qui redresseraient notre pays.
  Quelle ne fut pas notre déception quand nous avons dû constater que ce n’était pas Hollande qui allait faire du Valls mais Valls qui s'était mis à faire du Hollande !  
  Nous avons donc été contraint, quatre mois plus tard, de reprendre notre ouvrage et de réactiver notre blog.
  Les couples résistent rarement à l’Élysée. Le dernier s’est conclu par un désastre : pour la première fois depuis que les présidents de la République sont élus au suffrage universel, le chef de l’État sortant est contraint de renoncer à briguer un second mandat. Contraint par qui ? Par la très grande majorité des français bien sûr, trompés et déçus, mais aussi par l’homme qui porta l’estocade finale, notre Brutus du 49.3, Manuel Valls lui-même, qui faute d’avoir su devenir l’homme d’État que l’on attendait a confirmé ses talents de politicien.
  Le pouvoir est une tragédie. Inutile d'attendre longtemps pour en avoir l’illustration, un discours de candidature suffit. 
Voici, avant tout commentaire, une déclaration de Valls :
 « Si, jusqu’à très récemment, sa candidature s’imposait, sa mise à l’écart exige un sursaut.
La réalité, aujourd’hui, est que je ne trouve pas, dans le paysage de mes contemporains, celui ou celle qui s’imposerait comme le plus fidèle garant d’une gauche moderne, populaire, juste et crédible aux yeux de tous. C’est donc ce qui me pousse à reprendre ma marche en avant.
Les primaires qui vont s’ouvrir sont une opportunité exceptionnelle de remobiliser la gauche mais aussi, l’ensemble de la société française. C’est donc un immense honneur pour moi d’y participer.
Depuis deux ans, je sillonne le pays pour sonder ses attentes, ses aspirations, recueillir ses angoisses mais aussi ses élans, ses initiatives et ses espoirs. J’ai vu une France affaiblie et souvent meurtrie par les morsures de la crise et du chômage. J’ai vu la souffrance des classes moyennes, des ouvriers et du monde paysan, une jeunesse inquiète pour son avenir, des retraités précarisés. J’ai vu des services publics fragilisés.
J’ai vu une France qui doutait parfois de ses capacités de rebond, une France qui désespérait de ses responsables politiques et économiques. Mais une France qui, malgré tout, continuait d’y croire, parfois sans même savoir pourquoi, ni comment. Malgré ces incroyables difficultés, j’ai été frappé par le refus de sombrer, le refus d’abandonner, le refus de se laisser aller.
Aujourd’hui, je veux porter cette force, je veux porter ces regards, ces voix qui disent  "non, qui disent "il faut que cela change", qui disent "assez". »
 Ainsi débutait le discours par lequel Manuel Valls annonçait sa candidature à la primaire socialiste le … 28 juin 2011 ! Deux petites corrections toutefois : à la première ligne, il fallait lire "la mise à l’écart de Dominique Strauss-Kahn" et tout à la fin de la dernière phrase il fallait rajouter "de Sarkozy".
  Mais il aurait pu utiliser exactement les mêmes termes lors de l’annonce, lundi dernier à Évry, de sa candidature à la primaire de gauche pour la présidentielle de 2017. Sauf que l’homme politique a, depuis, beaucoup appris en matière de duplicité.
  Car il en faut du culot quand on se souvient de tout ce qu’il a fait avaler à la gauche avec le recours au 49.3 pour imposer les lois Macron et El Khomri, la déchéance de nationalité, les Roms qui ont vocation à repartir en Roumanie, la demande faite aux musulmans de prouver que leur religion est compatible avec les valeurs de la République, etc., etc,… pour se présenter comme le candidat de la réconciliation et du rassemblement des gauches, lui qui déclarait il y a peu qu’il y avait en France deux gauches irréconciliables ! Du culot pour choisir comme slogan "Faire gagner tout ce qui nous rassemble". Du culot pour faire l’éloge du multiculturalisme. Du culot pour affirmer sans rire que : " La primaire qui s’ouvre est un formidable moyen pour recréer l’unité ".
  Mais il a retenu la leçon des deux règles appliquées avec succès par Hollande pour gagner la dernière élection présidentielles : dire tout ce que veulent entendre les gens de son camp et calomnier sans relâche ses adversaires.  Du pur Hollande donc, sauf que lui a fait le chemin en sens inverse. Néo-libéral lors de la précédente primaire, modernisateur d’un parti socialiste archaïque dont il voulait changer le nom, favorable à la suppression des 35 heures, à l’instauration d’une TVA "productivité", à des quotas à l’immigration… tout ce dont la droite rêvait ! Aujourd’hui il est de retour dans la vieille et grande famille dont il endosse les "valeurs".
  Pour accéder au trône, même quand on se croit le dauphin, il faut en effet,  éliminer les autres prétendants. En piste, son jeune demi-frère qui lui a piqué sa voie en se plaçant "ni à droite ni à gauche", le contraignant ainsi à se rabattre sur le couloir de gauche. Beau duel fratricide en perspective. Mais la famille est nombreuse et comporte bien d’autres descendants, légitimes ou naturels, qui tentent de faire valoir leurs droits à la couronne. En fait de duel, ce sera plutôt la foire d’empoigne.
  Le souverain déchu pourra se consoler en contemplant le repas des fauves auquel il aura échappé…

  

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