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mercredi 9 novembre 2016

TRUMP : LA NOUVELLE LUTTE DES CLASSES

  Nous terminions notre dernière chronique sur ces mots : « Si vous n’êtes pas convaincus, allez voir ailleurs ! Aux USA par exemple … ». L’honnêteté oblige à dire que Trump nous a bien eus. Exact contraire des qualités que nous exigeons de nos politiques (expérience, compétence, éloquence) on le voyait plus ridicule que président. Voilà un homme sans parti (les Républicains étaient en majorité opposés à sa candidature), sans militants, sans programme ; par ailleurs antipathique, raciste, sexiste, xénophobe, homophobe…, tout le contraire de ce que l’on attend du responsable de la plus grande démocratie du monde mais qui parvient à se faire élire président des États-Unis avec, en prime, la majorité dans les deux chambres du congrès. Tous les pouvoirs en somme et cela sur un seul slogan : "USA !".
   On peut cracher son venin, se couvrir la tête de cendres. On peut aussi tenter de comprendre pourquoi cela est arrivé. Petit retour en arrière.
   On pensait la lutte des classes terminée en même temps que s’effondrait le marxisme. Jadis la lutte des classes était une réalité simple, elle opposait le capital au travail, les patrons au prolétariat comme l’on disait.
   Paradoxalement, le meilleur des mondes annoncé par le socialisme avec la dictature du prolétariat prévoyait la disparition des États et des nations au profit de l’internationalisme. Les inventeurs de la mondialisions sont donc les marxistes qui ont d’ailleurs conservé leur hymne : "L’internationale". Sur ce point, au moins, le communisme avait vu juste, le monde sera "global" et de fait, il l’est. La règle aujourd’hui est la libre circulation des hommes, des capitaux et des marchandises. Ils en avaient rêvé, ce sont les libéraux qui l’ont fait, avec la complicité du grand capital.
  Les résultats furent impressionnants : forte croissance, explosion des échanges, automatisation, innovation, concurrence, baisse des prix, liberté du commerce et de l’investissement …
  Une grande partie de la population en a largement profité, elle s’est enrichie comme jamais dans l’histoire de l’humanité, au moins depuis la conquête du nouveau monde. Les élites se sont goinfrées et se sont assuré puissance et privilèges.
  Mais le prix à payer devait s’avérer rapidement élevé pour une autre partie de la population qui a vu son pouvoir d’achat se tasser et l’insécurité dans le travail se développer. Elle en a éprouvé un ressentiment d’injustice en même temps que grandissait la peur du déclassement et même l’éventualité de la pauvreté.
  Nous ne parlons pas ici du prolétariat qui est une notion dépassée. Des ouvriers et des petits employés, il y en a toujours, certes, mais de moins en moins et surtout ils sont beaucoup mieux protégés par une politique sociale plutôt généreuse, dans la plupart des démocraties en tout cas, et la nôtre en particulier. Ils font aujourd'hui partie cette fameuse "classe moyenne" dont on ne sait pas trop bien d’ailleurs ce qu'elle elle englobe. Un peu tout, du contremaître au CSP+ (cadre de haut niveau), des commerçants aux artisans et aux petits entrepreneurs. En l’occurrence Trump a trouvé l'essentiel de son électorat dans la classe moyenne inférieure et populaire, majoritairement blanche et masculine ... Mais on sait très bien ce qui les unit : ils ne sont ni riches ni pauvres et redoutent par dessus tout le déclassement, ils ont peur de reculer dans la hiérarchie sociale, de perdre leur travail, d’avoir du mal à se loger, d’être contraints de s’endetter toujours plus, de devoir ramer pour trouver les stages scolaires ou universitaires qui sont obligatoires pour leurs enfants. Soumis aux contraintes de la compétitivité et de la rentabilité, ce sont les victimes de la mondialisation.
 Comme des millions et des millions de gens de par le monde nous nous sommes réveillés ce matin avec une grosse migraine et une forte déprime. Mais ne concluez pas de ce que nous venons de décrire sur les déboires de la classe moyenne que nous avons rejoint le camp des populistes et extrémistes. Ni Le Pen, ni Mélenchon ! Jamais.
  Personne ne peut nier que, globalement le niveau de vie des classes moyennes, supérieures et inférieures, a fortement augmenté depuis des décennies et qu’elles ont largement bénéficié d’un "modèle social" comme l’humanité n’en a jamais connu. C’était mieux avant ? Foutaises… Le problème précisément est la peur de perdre tous ces acquis et de reculer dans la hiérarchie sociale. Ne croyons pas qu’elles revendiquent de l’assistance. L’humiliation serait pire que la peur. C’est ce que la gauche n’a pas encore compris, qui cherche à récupérer par des allocations, des prises en charges, des gratuités ou des baisses d’impôts ciblées (comme l’a promis … pour 2017, le gouvernement français au profit des classes moyennes inférieures), les voix égarées.
   Ce que demandent les classes moyennes c’est la sécurité, la liberté d’entreprendre, la stabilité fiscale, l’arrêt de l’immigration, la protection douanière pour les produits locaux et moins d’inégalités. Elles sont d’accord pour travailler, payer des impôts, cotiser pour la protection sociale, acheter ou louer un logement. Boulot, impôt, dodo… Un peu médiocre, sans doute, mais les classes moyennes constituent le noyau dur de la société. La gauche ne les jamais comprises, elle n’a pas le logiciel pour cela. En fait, personne ne les représente, ne les écoute et surtout ne les considère.
   Alors, elles se vengent, discrètement, dans l’isoloir quand elles en ont l’occasion. Oh, pas par idéologie, cela fait longtemps qu’elles ne croient plus aux grandes idées ni aux promesses politiques. Elles attendent, en silence, l’occasion de botter les fesses aux élites, à l’establishment. Leur tête de turc préférée est la gauche qui pense bien, qui parle juste mais qui agit mal. C’est normal, elles sont déçues de la gauche parce qu’elles y ont cru…
 D’ailleurs, la gauche existe-t-elle encore dans nos démocraties ? Chassée du pouvoir un peu partout elle est souvent en voie d’éclatement. Les travaillistes en Grande-Bretagne se sont donnés un chef auquel s’oppose la grande majorité des dirigeants et qui risque de s’échouer sur le Brexit, lui aussi plébiscité par les classes moyennes en colère . Aux USA, on l'a vu avec Trump, qui se prépare avec les élus républicains des relations difficiles, en comparaison desquelles les frondeurs français sont d'aimables farceurs. En Grèce, le parti socialiste PASOK a été avalé pas Syriza. En Espagne, le PSOE a été contraint de laisser le pouvoir au conservateur Rajoy, pourtant minoritaire. En Allemagne, tout le monde s’attend à ce que le SPD soit une quatrième fois de suite battue par Madame Merkel. En Autriche, le Parti Social-Démocrate a été éliminé par l’extrême droite et les écologistes. Et l’on pourrait continuer encore : partout la gauche est en recul. Pourquoi les démocrates américains auraient-ils gagné alors qu’ils présentaient une candidate qui ne plaisait à personne et donnait l'impression de les mépriser ?
  En France enfin, la gauche désunie nous prépare un feu d’artifice comme jamais on n'en a connu, avec une multitude d’étoiles filantes de toutes les couleurs, bien que peu lumineuses, irrésistiblement aspirées par le grand trou noir…
  La vérité est que le parti socialiste ne comprend pas, ou même ne connaît plus, ses électeurs. Il persiste dans ses vieilles lunes et sa bien-pensance alors que ses anciens soutiens ont peur de l’avenir et se laissent séduire par les populistes qui promettent de renverser la table.
  Aujourd’hui les révolutionnaires sont nationalistes, contre le libre-échange, hostiles à l’immigration, attachés à leur mode de vie. C’est ainsi… N’est-ce pas Bertolt Brecht qui disait : « Puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple ? »

  La gauche est en train de devenir une espèce en voie de disparition qu'il est temps de protéger si l’on veut sauver la biodiversité politique.   

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