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mardi 15 novembre 2016

HOW COULD THIS HAPPEN ?

  Les primaires pour désigner les candidats à l’élection présidentielle ne sont pas, comme on le dit souvent, une avancée démocratique destinée à laisser plus de liberté  aux citoyens dans le choix de leur président. La souveraineté populaire s’exprime le jour de l’élection suprême, pas quatre ou six mois avant. Traditionnellement, les candidats  sont désignés soit par les partis politiques qu’ils représentent (c’est, d’ailleurs, ce que prévoit la constitution à l'art.4 : "les partis politiques concourent à l’expression du suffrage universel"), éventuellement, s'ils le décident, par une consultation interne de ses adhérents, soit ils se présentent directement dès lors qu’ils ont recueilli les parrainages nécessaires ("la rencontre d’une volonté et d’un événement" disait de Gaulle).
  La véritable justification d’une primaire est de régler les problèmes d’ego des politiques qui trouvent dans la participation à l’élection présidentielle l’occasion de se faire de la publicité à peu de frais. Le but est donc d’éviter la multiplicité des candidatures dans chaque camp qui, en éparpillant les suffrages, fausse le résultat.
  Ce procédé a été inventé à la suite de l’électrochoc du 21 avril 2002 lorsque Jospin, premier ministre sortant et favori des sondages, fut éliminé en se retrouvant 3ème derrière Le Pen avec seulement 0,68% de retard alors que deux candidats de la même mouvance politique obtenaient ensemble 8% des voix. Ils n’avaient aucune chance d’être qualifiés pour le second tour mais ils ont éliminé le mieux placé de leur camp, pour le plus grand profit du Front national.
  Ce qui fait que désormais il faut quatre tours et non plus deux pour être élu président de la République ! Nous avons donc 8 candidats à la primaire de la droite et du centre (dont un ancien président et 4 qui ont été ses ministres) et 7 candidats potentiels à la primaire socialiste (dont l’actuel président et 3 de ses anciens ministres). Bizarre, non ?
  On pouvait au moins espérer que les primaires rendraient impossible un nouveau 21 avril et que le scrutin ne serait plus pollué par des candidatures de témoignage. Eh bien, c’est raté ! Car, nous ne sommes pas à Roland-Garros et le passage par les qualifications n’est pas obligatoire. 
 Ainsi à gauche se présenteront à la présidentielle, en plus du vainqueur de la primaire, une demi-douzaine de candidats : Mélenchon, Macron (à moins qu’il ne soit au centre), Jadot pour les verts, un dirigeant communiste et un représentant de chacun des micro-partis d’extrême gauche. 
 À droite, en plus du vainqueur de la primaire il y aura, à coup sûr, Dupont-Aignan et le Tartarin des chasseurs. Au centre, enfin, Bayrou (si Sarkozy est le candidat de la droite) et Macron (s’il est bien au centre). 
C’est clair, non ?
  On pourrait en rire si les primaires ne présentaient pas cinq graves inconvénients :
  -1/Selon les estimations, les électeurs décidés à voter aux  primaires ne constituent pas un échantillon représentatif de la population : plus de retraités, de cadres supérieurs, de catégories socio-professionnelles favorisée (PCS+) et moins d’employés, d’ouvriers et de ruraux, ceux qui justement ont fait pencher la balance en faveur du Brexit et de Trump. Les sondeurs français expliquent les erreurs des instituts anglo-saxons précisément par le fait qu’en France l’échantillon n’est pas aléatoire mais l’exact reflet de la société, grâce au système de quotas. Sauf que cela n’est pas le cas pour les primaires…
  -2/L’exemple anglais et américain a, par ailleurs, montré qu’il existait dans nos démocraties occidentales un fort rejet de l’establishment et des élites. Or, tous nos candidats, de droite comme de gauche, occupent de hautes fonctions publiques depuis des dizaines d’années et sont, pour la plupart, issus des grandes écoles. Au rejet de classe sociale s’ajoute le rejet de classe politique. On ne peut pas dire que les primaires qui multiplient les représentants de cette caste haï apportent un supplément de démocratie. Un ou deux ça va, une dizaine, bonjour les dégâts...
  -3/Tout le monde déplore l’abaissement de la fonction présidentielle. On se souvient du tort que la primaire de gauche avait porté au prestige et à l'autorité de Hollande. Le même phénomène risque de se reproduire à cette élection puisque, avec les primaires, le jeu consiste à rabaisser l’adversaire de son propre camp alors que jadis on s’attaquait à son opposant politique.
  -4/La primaire a pour effet de structurer l’opposition interne à la majorité gouvernementale. On l’a vu sous l’actuel quinquennat le combat contre le gouvernement mené par les verts, les communistes et les frondeurs, c’est-à-dire par les éliminés de la primaire. On est donc fondé à penser que les primaires ne confortent pas la démocratie mais, au contraire, affaiblissent les institutions.
  -5/ Il n’est pas, enfin, certain que les primaires renforcent les partis de gouvernement. Soyons clairs, les primaires servent avant tout à éviter une victoire de la candidate de front national. Attention, alors, aux effets pervers qu’elles suscitent auprès des perdants. Même si cela ressemble à de la politique fiction il faut, puisque tout le monde s’accorde à dire que "tout est possible", se poser quelques questions :
  -Si Juppé gagne, cela ne risque-t-il pas de faire fuir des électeurs sarkozystes qui pourraient considérer qu’il doit sa défaite aux partisans de Bayrou et à aux socialistes qui auraient voté à la primaire de droite ? S’abstiendraient-ils ou, pire, certains n’iraient-ils pas voter ailleurs ?   -
  -Réciproquement, si Sarkozy gagne, une partie des électeurs de Juppé n’irait-elle pas vers Bayrou ou Macron ?
  -Si Hollande gagne, les soutiens de Montebourg, des communistes et des frondeurs ne seraient-ils pas tentés de voter Mélenchon à la présidentielle ?
- Et si Mélenchon n’est pas au second tour, que feront ses électeurs ? Il n’est pas certain qu’ils rallient en masse Hollande…
- Et si le second tour oppose Sarkozy à Le Pen, la gauche appliquera-t-elle à nouveau le fameux Front républicain  ou s’abstiendra-t-elle ?
  - Et si c’est Hollande face à Le Pen ? La droite a-t-elle vraiment renoncé au ni-ni ?
  Comme vous l'aurez remarqué, toutes ces hypothéses font le jeu de la candidate du Front national. Cela fait froid dans le dos. Alors formulons une dernière hypothèse :
  -Et si Le Pen n’était pas qualifiée pour le second tour ?

  Voilà, au moins, un rêve sans cauchemar… On pourrait alors s’étonner :"Comment cela a-t-il pu arriver ?"

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