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mardi 4 octobre 2016

LA VICTIME IDENTIFIABLE

  Nous l’avions dit depuis le début (voir notre chronique du 17 septembre 2016 :  "Montebourg nous pique notre boulot"). C’est bien ce qui va se passer, le site Alstom de Belfort sera sauvé pour quelque temps, aux prix d’acrobaties juridiques et aux frais du contribuable.
  Il faut dire que la solution trouvée par le gouvernement aux abois est admirable ! Nous avions prévu qu’il forcerait, contre compensation, la SNCF à acheter des machines pour continuer à faire travailler Alstom-Belfort. La SNCF trop endettée et qui n’en a absolument pas besoin traînait des pieds. Alors c’est l’État qui va acheter. Quinze rames de TGV. Ce n’est pas exactement ce que produit l’usine de Belfort spécialisée dans les locomotives et les motrices. Ce n’est pas non plus ce dont a besoin la SNCF qui a déjà trop de rames de TGV et qui va passer à la nouvelle génération. Pas grave, c’est l’État qui achètera et qui mettra les rames supplémentaires à la disposition de la SNCF. L’État devient le Kiloutou du ferroviaire…Ces rames de TGV, dont la SNCF ne voulait pas, seront donc exploitées sur le réseau intercités de la SNCF. Nous pourrons ainsi aller de Marseille à Bordeaux et de Montpellier à Perpignan en trains rapides roulant sur des voies ordinaires. Quand on a les moyens…
  Dans le même temps, le gouvernement continue de faire pression sur la SNCF pour qu’elle achète en propre six rames supplémentaires (200 millions) pour la nouvelle ligne Paris-Turin–Milan en cessant de temporiser et de refuser les surcoûts d’Alstom. La compagnie nationale achètera également 20 locomotives diesel pour le remorquage de trains en panne. Heureusement que l’État est là pour décider des besoins de la SNCF qui ne les avait pas identifiés avant que l'État ne décide pour elle.  Grâce à la générosité des contribuables…
  De la belle ouvrage ! Qui a dit que l’État n’avait pas de politique industrielle ? Il a une stratégie politique en tout cas : maintenir Belfort en activité encore quelque temps. Quatre ans dit-on. Au-delà des élections surtout. Et après ? Ce sera le problème des successeurs. Hollande a gagné la bataille de Belfort.
  Bien sûr, il y a des risques. L’État peut-il acheter 15 locomotives pour 500 millions d’euros sans appel d’offres ? Et six autres destinées à la ligne italienne ?  Certes, ce ne sont pas les sondages de l’Elysée mais ça coûte beaucoup plus cher. Et que dira l’Europe ? Parce qu’acheter sur le budget de l’État des rames TGV pour la SNCF qui n’en a pas besoin et qui les exploitera pour un usage différent de celui de leur destination normale, cela ressemble bien à une subvention à Alstom, ce qu’à Bruxelles on appelle une "Aide d’État" susceptible d’entraîner de graves sanctions de sa part. Mais les successeurs paieront…
  Au total, donc on va dépenser plus de 700 millions pour sauver les emplois de 470 personnes, soit 1.5 million par tête. On est bien content pour eux mais fera-t-on autant pour le 3.5 millions de chômeurs en catégorie A , les 5.5 millions tenus de rechercher un emploi, les 6.6 millions de français sans emplois ou qui se contentent de petits boulots précaires ?
  Cette affaire est la parfaite illustration de la théorie de Jean Tirole, notre prix Nobel d’économie, sur "la victime indentifiable (Économie du bien commun-PUF- Avril 2016- P.39). Voici ce qu’il écrit :
« Le biais de la victime identifiable nous joue également des tours dans nos politiques de l’emploi. Les médias couvrent le combat de CDI sur le point de perdre leur emploi, et leur drame, d’autant plus réel qu’ils vivent dans un pays où ils ont peu de chance de retrouver un autre CDI ; ces victimes ont un visage. Ceux et celles, en bien plus grand nombre, galérant entre périodes de chômage, emplois aidés ou CDD, n’en ont pas ; ils ne sont que des statistiques. Et pourtant, ils sont victimes d’institutions, dont celles mises en place pour protéger les CDI et qui font que les entreprises préfèrent les emplois précaires et les contrats financés sur argent public à des contrats stables. Comment peut-on dépenser autant d’argent public et cotisations sociales, handicapant la compétitivité des entreprises et donc l’emploi ou sacrifiant de l’argent qui aurait pu aller à l’éducation ou à la santé,
Pour arriver à un si piètre résultat ? La réponse vient de ce que nous pensons aux plans de licenciement, mais oublions à ce moment-là les exclus du marché du travail alors que ce sont les deux côtés d’une même pièce. »
  À méditer!
  Mais on ne va pas se laisser … ennuyer sous prétexte qu’il est prix Nobel et français. Nos experts au gouvernement sont énarques et socialistes et ils savent ce qu’ils font…

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