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mardi 11 octobre 2016

LA MORT DES IDÉES : LA GAUCHE N’A PLUS RIEN À DIRE ; LA DROITE BEGAYE

  L’idée de cette chronique nous est venue après avoir lu un article de Jacques Julliard dans le FIGARO VOX du 2 octobre qui démontre comment "la gauche a refusé le combat, abandonnant tout d’un coup sur le terrain ses armes et ses munitions. » Si nous ne partageons pas l’idée que la droite a gagné la bataille des idées (nous y reviendrons), le diagnostic qu’il porte sur la gauche nous parait si pertinent que nous ne voyons pas ce que l’on pourrait y ajouter. Nous sommes donc contentés de morceaux choisis, par respect d’un texte qui ne saurait être plagié. Et qui mieux qu’un homme de gauche pour parler de la gauche ? Nous avons donc retenu quelques morceaux choisis qui répondent le mieux au sujet de cette chronique :
  « La gauche que je vise "est composée de deux groupes, assez restreints, mais très influents dans les médias : les bobos du centre gauche, les intellos de l’extrême gauche ; en apparence très opposés, en réalité très complémentaires et même complices, à la rhétorique près.
Des exemples ? Il en vient à foison sous la plume.
LA LAÏCITÉ
Elle fut longtemps le critère privilégié de l’affrontement gauche-droite. Était de gauche qui était laïque, et de droite qui ne l’était pas… Aujourd’hui, au prix d’un tête-à-queue soudain, dont l’histoire offre peu d’exemples, les signes ont été inversés. On ne trouve plus guère à droite que des laïques-bien-sûr !, et de plus en plus à gauche des laïques-oui-mais… La raison invoquée, on la connaît. La gauche compassionnelle a pour principal souci de ne pas traumatiser les musulmans, encore moins de les stigmatiser.
L’ÉCOLE
[…] Je me contenterai de dire que la gauche a abandonné, au nom d’un alignement égalitaire sur les plus médiocres, les idéaux d’excellence intellectuelle et de civisme sur lesquels elle avait été fondée...
LA SÉCUTITÉ
Depuis quand la sécurité n’est-elle plus une valeur de gauche ? […] Quoi ! Suffirait-il que la droite en fasse un argument électoral pour que la gauche des beaux quartiers sacrifie sans vergogne les besoins élémentaires des quartiers sensibles ? …
LA NATION
La Révolution française a fait de la nation le creuset vivant de la démocratie. Elle est une âme, un principe spirituel (Renan), une personne (Michelet). La volonté générale de Rousseau suppose une nation unie ; elle est incompatible avec le communautarisme. Les mânes de Danton, de Robespierre, de Lamartine, de Victor Hugo, de Blanqui, de Gambetta, de Jaurès, de Clemenceau, de Jean Moulin, de Gabriel Péri, de Marc Bloch doivent trembler de colère quand elles entendent une gauche mondialisée faire de l’amour de la France une déviation identitaire.
Je pourrais continuer longtemps. Je ne fais, inutile Cassandre, que me lamenter sur les ruines du désastre qui s’annonce. Depuis des années déjà, le subconscient de la gauche est habité par l’instinct de mort. Cette gauche hors sol, [ ] est semblable à ces bancs de baleines qui viennent s’échouer sur le rivage. Elles ne savent pas ce qu’elles font, nous ne le savons pas non plus, mais quelque chose nous murmure que ce qui est en cause, c’est la survie de l’espèce."
  Sur la gauche, nous avons tout de même une réserve : notre auteur est si malheureux de montrer une telle sévérité qu’il ne peut s’empêcher, dés l’introduction, de préciser : « La gauche que j’incrimine n’a rien à voir avec le peuple, et notamment avec le peuple de gauche qui dans sa grande majorité est resté fidèle à ses valeurs.» Le croit-il vraiment ? Y a-t-il encore un peuple de gauche ? On ne le voit plus ni dans les urnes, ni dans les partis politiques, ni dans les syndicats, ni dans la rue. Le peuple de gauche il est parti, à la pêche et aussi, en masse, au front national. Peut-être a-t-il été dégoûté par les bobos et par les intellectuels mais on ne peut pas dire qu’il soit "resté fidèle à ses valeurs"
  Une autre réserve tient à l'indulgence dont il fait preuve à l’égard de la droite qui, selon lui, aurait gagné la bataille des idées. Mais il aurait fallu, pour que cela soit vrai, que la droite ait eu des idées. Or, quelles idées nouvelles a-t-elle produites depuis qu’elle fut chassée du pouvoir en 2012 ? La vérité est que si la gauche a trahi ses idéaux et s’est noyée dans ses contradictions, la droite n’a pas progressé dans sa réflexion, se contentant de recycler les mêmes idées qu’il y a cinq ans, avec les mêmes hommes qu’il y a vingt, trente ou quarante ans (sauf une femme, heureusement, et un quadragénaire qui est l’exacte reproduction des ses aînés).
  Il est probable que, comme la plupart des français, vous n’ayez pas lu les propositions des candidats à la primaire de droite et du centre. Pour notre part, nous avons fait de gros efforts en lisant nombre des livres publiés et même quelques dizaines de pages du programme de Le Maire (1.021 pages de chiffres et de tableaux). Qu’avons-nous donc fait au Bon Dieu pour mériter cela !
  Il est cependant assez facile de comparer les projets des candidats de la droite mais l’on est bien en peine de trouver des idées neuves, encore moins un nouveau projet de société, une idée qui fasse rêver. En 2012, Hollande s’était fait élire sur un anti-sarkozysme forcené. C’est, d’ailleurs, la seule partie de son programme qu’il ait respectée à l'exception du mariage pour tous, réforme qui a été tellement mal vendue qu’elle aura coûté cher à Hollande en divisant durablement la société française. Sans elle, peut-être aurait-il pu prétendre au renouvellement de son mandat.
  Mais si l’on regarde les projets de la droite on ne voit pas bien ce qui pourrait être le marqueur du prochain quinquennat. Le mariage pour tous perdurera, pour le reste, le prochain président fera comme Hollande en 2012, il détricotera les mesures de son prédécesseur et en rétablira les anciennes de son camp, en les durcissant un peu : impôts sur le revenu et les sociétés, 35 heures, ISF, réforme territoriale, répression pénale... On recommencera à construire les prisons là où elles avaient été stoppées par Taubira, on repoussera l’âge de départ en retraite, on freinera l’immigration, on réécrira les fiches S, etc. En résumé, les cinq années de Hollande seront rayées et on repartira comme en 2007 sur des promesses auxquelles on aura, cette fois, plus de mal à croire. Et l’on s’indignera du niveau élevé de l’abstention.
  Pourquoi, alors que, selon Julliard lui-même, la gauche est une espèce en voie de disparition, la droite ne s’engouffre-t-elle pas dans cet espace béant ? La nature a horreur du vide, n’est-ce pas ? Qu’attend donc la droite pour le remplir ?
  Sans doute a-t-on trop invoqué la fin des idéologies et de l’histoire pour s’être donné la peine de réfléchir à ce qui se passerait ensuite. Contrairement à ce que dit Julliard, le combat a été féroce, si féroce qu’à la fin les deux adversaires ont été laminés, incapables de se défendre. Souvenons-nous de la période de la guerre froide pendant laquelle le marxisme envahissait les esprits tandis que l’espace géographique était de plus en plus largement occupé par les armées communistes. Il en a fallu de la détermination, du courage et des idées pour résister. Et puis au bout, la victoire des démocraties et l’effondrement du communisme. On pouvait alors parler de "la fin des idéologies", comme l’on a cru à "la fin de l’histoire" puisque avec la débâcle de l’empire soviétique le risque de guerre avait disparu. Du moins le croyait-on.
  Comme le veut la nature, le vide laissé par le socialisme a immédiatement été comblé par le libéralisme. Le capitalisme vainqueur allait pouvoir renoncer à la lutte idéologique. On allait pouvoir s’occuper du réel : paix et prospérité. Le professeur Johann Chapoutot a parfaitement décrit cette période dans un article récemment publié dans "Libération", du 23 février 2016, sous le titre "La fin des idéologies" :
   « Tout ce qui arriverait, désormais, irait dans le bon sens : avec la mondialisation des échanges, c’est le grand rêve du XVIIIe siècle libéral qui se réaliserait en cette fin de XXe - le commerce ouvrirait les portes, les cœurs et les intelligences, diffuserait le bien-être et les idées qui le sous-tendaient. Le chancelier Kohl promettait des «paysages florissants» à l’Est, Tony Blair promouvait, avec un sourire éclatant, le pragmatisme et ces bonnes idées, qui ne sont ni de droite ni de gauche, mais bonnes, tout simplement. Non, décidément, les nuées obscures et migraineuses des "idéologies" étaient bien loin. »
  Tout à coup le monde devait affronter le calme plat, ce que l’on appelle en langage maritime "la marée de mortes-eaux", moment où la variation de l’eau est à son minimum, ni marée haute ni marée basse. Plus rien ne se passe…
  Et puis les vents se sont à nouveau levés. Le 11 septembre 2011 l’histoire s’est réveillée et la guerre a réapparu, en même temps qu’un ennemi nouveau, l’islam intégriste produit d’une exaspération de la foi religieuse. Or la foi est une idéologie. Voici donc également le retour des idéologies.
  À quelque temps de là, c’est l’économie capitaliste qui est frappée par le plus grand tsunami jamais connu : la crise financière de 2008 qui acheva de ruiner l’optimisme béat dans lequel baignait notre monde.
  Or nous n’étions préparés ni à l’un ni à l’autre. Au plan des armes il nous manquait l’expertise militaire pour mener des combats asymétriques contre un ennemi qui ne respecte aucun code ni aucune stratégie de la guerre classique, au plan de la finance il nous manquait une autorité pour réguler des échanges qui n’obéissaient plus à aucun principe.
  Il était inévitable que devant la montée de tels périls refleurissent des idéologies nauséabondes qui naturellement provoqueraient en réaction l’émergence d’idéologies contraires.
  Le problème est que la courte période de mortes-eaux qui s'est installée à la fin du siècle dernier avait également entraîné le calme plat au niveau des idées ce qui fit que de réponses nous n’en eûmes point. Aucun des logiciels de droite ni de gauche ne fut capable de proposer la moindre idée face à ces nouveaux défis. Le retour des idéologies fut fracassant : violences des fanatismes religieux, affirmation des communautarismes sectaires, émergence des extrémismes populistes… La fin des idéologies a fait place au trop plein d’idéologues de combat.
  Comment s’étonner, dans ces conditions, que nos bons vieux partis, liés par tant de bons vieux principes démocratiques, et républicains, sous la surveillance sans cesse plus étroite des droits de l’homme dont le nombre s’accroît sans fin, ficelés par des normes nationales, européennes, mondiales dont elles ne savent plus comment se défaire, sans cesse rappelés à l'ordre par des tribunaux supranationaux qui imposent leur joug, soient encore capables d'imaginer et de proposer à leurs peuples un nouveau projet, un contrat social rénové, une société apaisée ? Évidemment si tout le monde était logé à la même enseigne, si la règle était la même pour tous, l'humanité irait de mieux en mieux mais les contraintes acceptées par nos démocraties n'ont été reçues par  nos ennemis que comme des marques de faiblesses dont elles se moquent.
  Alors, si vous avez des idée, c'est le moment. Avant que ce ne soit la fin de notre histoire ...

(1)Nous nous sommes permis de sélectionner les passages qui nous avons jugés les plus marquants mais c’est l’article dans son entier qu’il faut lire. Voici donc le lien : 
http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/10/02/31001-20161002ARTFIG00138-jacques-julliard-la-gauche-a-abandonne-armes-munitions.php

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