Adresses

BLOG : http://www.francois-2.com/
o
u : http://francois-2.blogspot.com/
MAIL: agvialain@gmail.com


AUTRES BLOGS

Les 500 derniers jours du PS, avant la présidentielle de 2012:
Campagne 2012 de François Hollande
agv-solferino2012.blogspot.com/
agv-solferino2012.blogspot.fr/



« TOUT PARTI VIT DE SA MYSTIQUE ET MEURT DE SA POLITIQUE » (Charles Péguy)

samedi 1 octobre 2016

CHAUD PATATES ET CAROTTES CUITES

   "Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage" dit la constitution (art.4). Mais ce n'est plus le cas. Aujourd'hui ce sont les sondages qui décident et tout particulièrement lors de l’élection du Président de la République. Comment les partis le pourraient-ils d'ailleurs, tant ils sont eux-mêmes divisés ? Ils sont devenus le ring où s’affrontent les ambitions individuelles et où s’expriment les ego. Il ne viendrait plus àun homme politique l’idée de faire passer l’intérêt général avant le sien, pas plus que l’intérêt, et même la survie, de son propre parti. Les français l’ont bien compris qui ne tiennent plus aucun compte ni des projets ni des directives des partis.
  C’est la raison du foisonnement des primaires pour désigner leurs candidats. Avant on s’en remettait aux organes dirigeants du mouvement. Aujourd’hui ils sont bien incapables de choisir le meilleur d’entre eux, celui qui les représentera le mieux, celui qui aura le plus de chance d’être élu. Alors on demande aux citoyens de le faire à leur place, de choisir eux-mêmes celui ou celle qui défendra leurs couleurs. On aurait pu approuver s’il s’agissait de donner plus de pouvoir aux militants, ce serait même plus démocratique. Mais non, ces primaires sont ouvertes à tout le monde, il suffit de payer un ou deux euros et de signer un papier où l’on déclare que l’on partage les valeurs du parti, c’est-à-dire les valeurs de la République ! Pourquoi les citoyens seraient-ils plus scrupuleux que les politiques ? N’importe quel petit malin peut voter pour le candidat dont il pense qu’il sera le plus facilement battu par celui pour lequel il votera en définitive ou simplement pour éliminer un candidat du camp adverse qui ne lui plait pas. Au final, c'est le suffrage universel qui est dévoyé.
  Mais comment savoir que tel ou tel candidat aura le plus de chance d’être battu par son favori ? On connaît la réponse : les sondages ! Il est de bon ton de feindre l’incrédulité et l’indifférence face aux enquêtes d’opinion qui ne sont, dit-on, que la "photographie de l’opinion à un moment donné et en aucun cas des prévisions".
  Mais c’est de moins en moins vrai. D’abord, les études d'opinion se sont considérablement améliorées en France comme l’ont montré toutes les élections depuis la dernière présidentielle. Ensuite, parce qu’avec les primaires les sondages ont toutes les chances de se révéler justes, pour la bonne raison qu’ils seront le critère déterminant du choix.
  Cela mérite une explication. Et arrêtons de tourner autour du pot, prenons la situation telle qu’elle se présente avec les personnages réels.
  Commençons par la primaire de droite et du centre. Croyez-vous que les participants à ce vote liront les programmes de chacun et se prononceront  sur leurs idées ? Quelques-uns, peut-être, et d’autres se prononceront plutôt sur la sympathie ou l’antipathie qu’ils ressentent. Mais la vraie motivation, celle qui emportera la décision, sera de battre Hollande et de chasser les socialistes tout en évitant Le Pen.
  L’électeur de la primaire choisira donc celui qui, d’après les estimations, fera à la présidentielle le meilleur score face à Hollande (ou à Valls, ou à…). Il regardera donc avant de voter qui a la plus grande avance au premier tour  sur le candidat socialiste. Pour être encore plus clair, si la primaire avait lieu demain, il voterait pour Juppé car c’est lui qui a la plus forte avance sur Hollande (ou sur…). Et la messe sera dite pour la présidentielle car tout le monde est convaincu que le candidat de la droite et du centre sera le prochain président de la République.
  C’est donc fichu pour Sarkozy ? Il est en grande difficulté, c’est certain, et il ne lui reste plus que quelques semaines pour inverser le score. Il serait, toutefois, présomptueux d’annoncer trop vite qu’on ne le reverra plus. Avec lui … Mais une fois encore, pour avoir une chance de remporter la primaire il faudrait que les sondages montrent qu’il est le mieux placé à l’élection présidentielle pour éliminer le candidat socialiste puis pour battre Le Pen. Ça va être chaud patates !...
  Vous êtes sceptiques ? Les choses sont beaucoup plus compliquées ?
  Marine Le Pen, après tout, hein, on ne sait jamais ? C’est bien d’avoir peur ! Déjà lors des dernières élections régionales nous avions affirmé contre presque tous les observateurs que le Front national ne gagnerait aucune région. Pour qu’elle gagne la présidentielle, même si elle fait 30% au premier tour, où trouvera-t-elle les 20 % qui lui manquent ? Pas à gauche, même si certains dans son camp répugneront à voter pour Sarkozy s’il était le candidat. Pas à droite non plus, même si certains pourraient s’abstenir par dépit de l’élimination de leur candidat à la primaire. Pour l’instant, l’écart face à Le Pen est sensiblement plus élevé en faveur de Juppé que de Sarkozy. C’est sûrement la raison principale du retard de ce dernier face à Juppé.
  Et Hollande ? Avec lui ... Et si, pour le coup, il avait vraiment du bol, un très gros bol ? Après tout il suffirait que les écolos renoncent à présenter un candidat, que les communistes se rallient, que Macron retourne chez Rothschild, que Mélenchon se dégonfle. À ces conditions, oui il aurait une petite chance, si toutefois il n'était pas battu dès la primaire socialiste… Franchement, vous ne pensez pas que pour Hollande les carottes sont cuites ?
  Il nous faut maintenant nous excuser. Comme tous les français, au bistrot ou à table, en famille ou avec les copains, surtout s’ils ne sont pas d’accord, nous adorons jouer à la politique fiction. C’est ce que nous venons de faire. Ça ne vous arrive jamais ?
  En réalité, il est probable que les choses ne se passent pas comme on les avait imaginées. Surtout, il y a une grande inconnue : la participation. Ce que pensent les français est sans effet sur le résultat. À dire vrai, on s'en moque. Ce qui compte ce sont les intentions de ceux qui vont aller voter. Or, c’est là que le bât blesse. Les sondés qui manifestent leur volonté de voter à la primaire le feront-ils vraiment ? Y aura-t-il plus de déchet chez les "sympathisants" que chez les adhérents et les militants ? Si tel était le cas, la primaire pourrait désigner un candidat qui ne serait pas le mieux placé pour la présidentielle.
  Ce risque qui n'est pas théorique montre la limite voire l'effet pervers des primaires.  

Aucun commentaire: