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dimanche 26 juin 2016

HIT THE ROAD JACK AND DONT’ YOU COME BACK NO MORE, NO MORE, NO MORE…

  Ray Charles avait prévu le coup dès 1962, dès la première demande d'admission de la Grande-Bretagne à l’Union européenne : "Fiche le camp Jack et ne revient jamais, jamais, jamais, jamais …". Union Jack, tu ne mérites pas ton nom !
  Mais qu’est-ce qui t’a pris, Jack ? Europe attendait un coup de cœur et voila que tu me claques la porte sur un coup de tête. Je t’avais supplié pourtant : " Ne me quittes pas ! ", mais tu es parti. Maintenant, tu peux toujours courir pour les "perles de pluie", ce sont des trombes d’ennuis que je te promets.
"Tu peux chercher encore/À reprendre ta chance /Mais il est trop tard pour nous deux/ Oui tu le sais, puisque tu as triché/ À présent tu peux t’en aller."
  Rassure-toi, Jack, je ne vais pas faire de bêtises. Bien sûr, j’ai eu envie de pleurer mais ça va maintenant. J’ai enfin compris que, de toute façon, tu n’étais pas vraiment présent, que tu ne respectais pas les règles que nous nous étions fixées, que tu refusais toujours les travaux d’embellissement de notre maison et même que tu étais très radin, refusant d’assumer ta part des dépenses du ménage. Non seulement je pourrai très bien vivre sans toi mais je te demande de partir tout de suite. Quand on se sépare ce n’est pas pour dormir dans la chambre d’amis, pour t’affaler sur le canapé du salon à regarder l’euro de football et prendre ce qui te plait dans le placard à provisions.
  Quand tu auras quitté les lieux, n’imagine pas qu’il te suffirait de frapper à la porte pour que je te dise d’entrer. Out is out !  
  Ne crois pas qu’il s’agisse d’une simple réaction de dépit de ma part. Je sais bien que cet événement est très important. Non pas que tu partes, on s’en remettra. Ce qui me cause un grave souci, c’est la raison du départ. Si l’on y regarde de plus près, cette affaire n’est pas une vulgaire histoire de divorce, c’est une véritable déflagration qui vous touche surtout vous, les britanniques, mais qui est révélateur d’une situation alarmante pour l’ensemble de la famille européenne.
  Ce qui vous concerne vous, c’est la désunion  de l’Union Jack. On sait que vous êtes bizarres, les britanniques. Vous n’aimez pas Europe, je l’ai bien compris, mais vous ne vous aimez pas beaucoup entre vous non plus. Pour tout dire, votre pays est un bien curieux puzzle.
  Les anglais se sont prononcés pour le départ, sauf Londres, la capitale, où se trouve l’essentiel des richesses. Le Pays de Galles est coupé en deux, la partie contiguë à l’Angleterre vote comme elle mais la zone côtière face à l’Irlande vote pour rester. L’Irlande du nord, en effet, est opposée au Brexit et parle même de quitter le Royaume-Uni pour fusionner à la République d’Irlande, l’Eire, afin de rester dans l’Union Européenne (quand on pense à toutes ces décennies d'horreur dans une guerre fratricide entre irlandais pilotée par l'Angleterre !). Quant à l’Ecosse, c’est simple, ils sont tellement furieux contre le Brexit qu’ils ont déjà commencé à préparer le référendum d’indépendance et rédigé leur demande d’adhésion à l’Europe. Tu vois, tu me quittes mais les enfants veulent rester avec moi…
  Enfin, c’est ton problème. Moi ce qui m’inquiète c’est l’autre division qu’a fait apparaître le référendum, la division sociétale. Et là, je crois que nous avons le même problème.
  Si l’on regarde les résultats on est frappé par la segmentation de la société britannique. Qui, en effet a très majoritairement voté pour rester dans l’Europe ? Les jeunes, les populations issues de l’immigration (en Grande-Bretagne les statistiques ethniques sont autorisées), les diplômés, les classes supérieures, les cadres dirigeants. Qui a largement choisi la sortie ? Les vieux, les classes populaires et moyennes, les régions en déclin. J’en déduis donc que si la Grande-Bretagne me quitte, c’est moins parce qu’elle me déteste que parce qu’il y a beaucoup de gens perdus qui ne savent plus qui croire. Et ça, je trouve que c’est très grave et que nous sommes tous concernés.
  Le problème tient en un seul mot : les inégalités ! Il n’est pas facile d’accepter les sacrifices mais quand on n’en voit pas les résultats et que l’on constate que d’autres s’enrichissent de plus en plus, alors rien ne va plus. Et ce n’est pas à ces gens-là que l’on peut demander d’être raisonnables et rationnels.
  Le plus inquiétant est que la solution n’est pas évidente. Bien sûr les populistes vous diront qu’il suffit de prendre aux riches pour donner aux pauvres et que tout ira mieux dans le meilleur des mondes. Évidemment c’est ridicule.
  Regardons justement le monde. On n’en parle pas assez mais chez les plus démunis la pauvreté régresse très nettement. Certes il y a encore près 900 millions de personnes en situation de "très grande pauvreté" (moins de 1,90$ par personne et par jour) mais le taux a considérablement diminué (malgré une forte croissance démographique) dans les pays en voie de développement et émergents. Ce taux est tombé à 10% en 2015 contre plus de 40% il y a 30 ans et la Banque mondiale prévoit qu’elle aura été éradiquée de la surface du globe en 2030. On parle, bien sûr, d’extrême pauvreté, pas de pauvreté relative ni d’inégalités, mais le résultat est spectaculaire.
  Comment cela a-t-il été possible ? Eh bien, grâce à la mondialisation qui a favorisé les échanges, abaissé les barrières douanières et permis aux pays pauvres de produire plus et d’exporter vers les pays riches. Des millions d’emplois ont été crées et même les salaires ont commencé à augmenter. De quoi être fiers non, puisque les plus grandes inégalités de revenus, de santé, d’éducation, de durée de vie, sont entre le nord et le sud.
  Mais il y a un "mais" de taille : les millions d’emplois créés dans les pays pauvres ont eu pour contrepartie des millions d’emplois perdus dans les pays riches et pour éviter d’en perdre plus il a fallu augmenter la productivité de nos pays, c'est à dire maîtriser le coût du travail, restreindre les prestations sociales.
  Ennuyeux, n’est-ce pas ? Là aussi les démagogues ont la réponse : nous protéger ! Comme si la concurrence était le SIDA… Alors limitons les importations, rétablissons les droits de douane pour défendre nos produits. Bref, remettons les frontières.
  Évidemment, les conséquences seront immédiates dans les pays pauvres, les emplois disparaîtront aussi vite qu’ils étaient venus. Mais là encore on a la solution : faute d’acheter des marchandises ont importera des réfugiés…
  Il parait que le cœur est à gauche, dommage qu’il ne soit pas au sud.

  Et si, au lieu de laisser dire n’importe quoi et quitter son conjoint simplement parce que l’on a peur de l’avenir, on commençait à parler des vrais problèmes ? Sans se mentir et sans écouter les démago-populistes ?

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