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samedi 21 mai 2016

LE TROU DE SOURIS

 Passons, comme promis, à la seconde partie du discours de Hollande prononcé lors du séminaire sur "la gauche et le pouvoir" qui s'est tenu au Théâtre du Rond-Point. 
 Toute cette partie du discours est conçue pour conduire l’auditeur à cette évidence : puisque la gauche socialiste est à l’origine de tout ce qui s’est fait de bien en France et que Hollande a redressé le pays, pourquoi ne pas lui confier un second mandat ? La devise de Hollande deviendrait : « Ce n’est pas parce que Hollande est président que c’est difficile, c’est parce que c’est difficile que Hollande est président »...
 Comme nous l’avons dit, cette seconde partie est très longue. Il va donc falloir aller à l’essentiel qui tient en deux mots : "compromis" et "cohésion".
 Hollande n’est plus un président normal, il n’est plus l’homme de la synthèse, sa nouvelle méthode c’est le compromis. Premier mot clé: « … un nouveau compromis, un compromis dynamique et juste. Ce compromis est à la fois économique, social, écologique, démocratique. Le compromis, ce n'est pas un subtil équilibre, un entre-deux, un médiocre point moyen. Le compromis, c'est tout l'inverse, c'est une volonté, c'est tenir son axe avec ténacité, suivre son cap avec solidité et convaincre avec sincérité. » On l’aura compris ce n’est pas un médiocre entre-deux, le cul entre deux chaise, ni droite-ni gauche.  Le compromis c’est "tous derrière Hollande" ! Preuve que nous sommes dans le cœur du sujet Hollande nous refait le coup de l’anaphore :
 « -Le compromis doit répondre aux mutations de l’économie, aux aspirations nouvelles qui justifient que tout change et que nous-mêmes, nous soyons capable de changer; -Compromis aussi entre les principes de la démocratie parlementaire et les aspirations à davantage de participation citoyenne, compromis aussi entre démocratie politique et démocratie sociale -Compromis pour qu’il puisse y avoir ce mouvement qui est indispensable et en même temps, des règles dans notre République… Il nous faudra revoir ces procédures, ces rythmes et ces modes de décision. -Compromis entre la liberté et la protection pour préserver de la peur et également éviter d'assigner à chacun un destin fatal, une reproduction sociale, une assignation, une relégation, comme c'est hélas trop souvent le cas; -Compromis entre les exigences de l'économie de marché et le respect des biens communs, ceux de l'humanité; -Compromis entre la souplesse pour les entreprises françaises confrontées à la compétition internationale et les garanties qui sont attendues par les travailleurs face aux risques. »
 La suite du discours vise à démontrer, qu’au fond, son premier mandat s’est plutôt bien passé et qu’il n’est pas le plus mauvais choix. Il lui faut donc se dédouaner du passé, ravaler son bilan. En particulier, se laver du péché en trahison du Bourget : « Le premier devoir d’un responsable c’est de respecter ses promesses et je suis prêt à cet exercice, mais on jugera toujours plus importante celle qui n’a pas été réalisée plutôt que toutes les autres qui étaient considérées, j’imagine comme des formalités, c’est la règle du genre. Pour celles et ceux qui s’abreuvent donc aux 60 engagements et je les en remercie, je veux les rassurer, pour ces promesses qui n’ont pas été encore satisfaites, il reste encore un an pour y parvenir. » 
 Du pur Hollande: d'abord renvoyer la responsabilité sur les autres, ensuite repousser à demain le tenue de ses engagements ! Encore un an donc pour le vote des étrangers, pour la grande réforme fiscale, pour l'introduction d'une part de proportionnelle à l’Assemblée nationale, pour la réorganisation du conseil supérieur de la Magistrature, pour la délivrance du récépissé de contrôle d’identité, pour la PMA aux couples de femmes, et évidemment pour faire aboutir (par référendum, s’il ose) les diverses réformes de la constitution en sommeil profond...Il nous prend pour des billes !
 Un seul aveu, les engagements en matière de croissance, de déficits, de dettes ne seront pas tenus. Mais « les prévisions de croissance établies lors de mon élection n’ont été nulle part vérifiées, pas plus en France que dans les autres pays européens. » Ce qui est un énorme mensonge. Comme nous l’avons prouvé à maintes reprises et comme nous le montrerons bientôt, la France est à la traîne de la plupart des autres pays européens. L’Allemagne a, depuis 2012, une croissance régulièrement supérieure à la nôtre, elle est en excédent budgétaire, le chômage a été réduit à la moitié de ce qu’il est en France, la dette ne cesse de baisser. «Nous avons pris la direction d’une France accablée de déficits : déficits sociaux, déficits publics, déficits commerciaux, une France qui avait vu sa dette publique progresser de 600 milliards d’euros. » 
 Il est vrai que la situation de la France était "difficile" à la suite de la grande crise de 2008-2010. Mais le candidat socialiste, quarante ans de carrière politique, conseiller à la cour des comptes et qui dispose de réseaux dans toutes les administrations, ne le savait pas ? De toute façon, ce n’est pas parce que la dette avait augmenté de 600 milliards sous Sarkozy qu’il fallait qu’il en rajoute 300 de plus quand les autres réduisaient la leur. Maintenant, s'il croit que passer d'une dette de 1.800 milliards à 2.100 milliards est la preuve que "ça va mieux" ! Comme d'avoir un million de chômeurs de plus que sous le quinquennat précédent, d'être allé mendier auprès de Bruxelles plusieurs reports des engagements de la France sur le déficit budgétaire qu'il a ensuite été incapable de tenir ? Peu importe, il affirme que la période du redressement est terminée et qu’il peut maintenant passer à la redistribution. Ce qu'il fera, n’en doutons pas. D’ailleurs, c’est lui qui le dit « La gauche, c’est toujours plus de droits nouveaux, des droits pour tous, des droits pour vivre mieux. » Plus de droits peut-être, toujours plus de charges sûrement…
 Mais l’important est d’obtenir, pour solde de tout compte, le label "de Gauche" pour son premier quinquennat. Pour le second, il nous prépare une surprise. L’expression à la mode est que, dans un contexte qui lui est très défavorable, il cherche le "trou de souri" pour sa réélection. On croit deviner quelle est la martingale improbable à laquelle il pense en écoutant la fin de son allocution. Ce qu’il nous prépare, c’est une omelette dont il aura pris soin de couper les deux bouts pour qu’elle soit bien baveuse. Il a enfin compris qu’il n’aura jamais de majorité de gouvernement avec la gauche et toutes ses divisions et il sait qu’une partie de la droite de la droite lui sera toujours hostile. Alors il tranche :
-Un coup sur la droite : « Je sais aussi qu’il y a celles et ceux qui veulent tout défaire, dont le seul projet est d’annuler tout ce que nous avons fait. Cela leur prendra du temps car nous avons fait beaucoup. Et en même temps, je suis sûr que si d’aventure – car ce serait une aventure –, ils pouvaient en avoir la responsabilité, il y a bon nombre de réformes que nous avons accomplies qui resteront pour toujours parce que c’est effectivement ce qui s’est passé dans l’Histoire, ce qui s’est produit. »
-Un coup sur la gauche : « Il y en a qui pensent aussi qu’en étant nombreux dans la rue … on peut empêcher. Non, on peut parfois freiner, on peut parfois contester à juste raison mais rien ne remplace l’acte de gouverner. On ne change pas le monde, on ne change pas l’Europe, on ne change pas la France en restant à sa place. Il faut que les aspirations qui existent, l’envie de changer le monde, l’idée qu’il est possible de participer à tous niveaux au changement, il faut que cet espoir-là, à un moment, se traduise dans une perspective politique, ce qu’on appelle un débouché politique, un débouché démocratique. Quels que soient les modes de participation – et je les respecte tous –, quelles que soient les formes d’expression, à condition qu’elles ne soient pas violentes car la violence doit être proscrite, il n’y a jamais rien qui remplacera le vote et la démocratie et le suffrage universel. »
 Maintenant que l’on a coupé les deux bouts et que l’on reste entre personnes raisonnables, on devrait pouvoir s’entendre : «J’affirme que l’immobilisme n’est pas permis à la France. Ne pas réformer, ne pas avancer, ne pas prendre de risques, se dire qu’en ne changeant rien ici, les autres finiront par nous attendre, ce n’est pas un chemin, c’est un surplace, pire un enlisement au nom d’une illusion, c’est que les acquis le seraient pour toujours. Non, les acquis se méritent et se conquièrent à chaque étape. Être en retrait, c’est battre en retraite. La nostalgie qui peut parfois saisir un certain nombre de nos concitoyens, c’est un renoncement. »
 L’annonce est dans la conclusion, avec le second mot clé du discours : «Alors, l’enjeu dans cette période, c’est la cohésion. Nous ne serons grands, forts que si nous sommes dans la cohésion. La cohésion nationale face au risque de séparation, de fragmentation, de division et même de violence. La cohésion sociale parce que nous avons le devoir de donner une chance à chacune et à chacun. La cohésion républicaine parce que nous sommes dépositaires des valeurs dont nous avons hérité, que nous devons transmettre.» "Tous ensemble, tous ensemble" disait cette ancienne candidate socialiste qui avait commis la grave erreur de ne pas répondre au soupirant sous son balcon qui souhaitait la rejoindre… 
 Les deux mamelles du candidat seront donc compromis et cohérence. Toute cette histoire n’est pas vraiment claire ? Normal, c’est du Hollande. Tentons une interprétation : il a d’abord sorti de la photo la gauche non socialiste avec laquelle on ne peut décidément pas travailler, puis les contestataires de l’intérieur et autres frondeurs, pour ne garder que le socialisme "en cohérence" avec le centre et la droite républicaine. Il a intégré que s’il finissait par trouver le fameux "trou de souris" pour arriver au second tour, il n’aurait jamais de majorité parlementaire de gauche pour gouverner et qu’il devrait donc composer avec les modérés sur sa droite, dans une sorte de cohabitation voulue et négociée. Peut-être se dit-il : à moi l’Elysée, les voyages officiels, les grands événements nationaux et à Macron, ou à Bayrou, ou à Juppé (on verra en fonction du résultat des législatives) l’intendance ?
 Nous sommes impatients de voir comment il va s'y prendre pour faire une campagne agressive contre la droite se qualifier au premier tour, crier "Au secours la droite revient" et envisager de gouverner avec elle ensuite. On sait qu'il est le maître en compromis. La cohérence, on peut en douter...
 Voilà ! Nous ne sommes pas certains d’avoir vraiment évité le pensum  mais au moins on connaît maintenant le discours du "Rond-Point". 
 Nous aurions aimé apporter un peu de rêve. Il faudra se contenter de celui de Hollande.


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