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mardi 8 septembre 2015

DU TRAVAIL AU NET

L’événement majeur de la rentrée 2015, si l’on exclut bien sûr la question des migrants, est la réforme du droit du travail. Sur le diagnostic tout le monde ou presque est d’accord : il est devenu illisible, difficilement applicable et il constitue un frein à l’embauche.
Valls veut donc "revoir en profondeur" le droit du travail afin de le simplifier et de l’alléger. Lors de sa conférence de presse du 7 septembre Hollande affirme sa volonté de "l’adapter" afin de lui donner "davantage de souplesse".
L’idée générale est de renvoyer au niveau des entreprises, et par la négociation, les modalités de son application. Elle est très largement partagée. Deux Think Tanks, l’un de gauche, Terra Nova, l’autre de droite, l’Institut Montaigne, disent exactement la même chose et le rapport Combrexelle commandé par le gouvernement, et qui sera officiellement remis demain au premier ministre, est encore plus audacieux dans le renvoi à la négociation collective toutes les dispositions qui n’auraient pas un caractère impératif (essentiellement la règle d’ordre publique des … 48H ( !) de durée maximale du travail et le SMIC). Evidemment la droite souhaite aller le plus loin dans cette direction.
Ne rêvons pas. Comme le disait Rocard à propos de la réforme des retraites : « il y a de quoi faire sauter plusieurs gouvernements.» Déjà, les autres syndicats, CGT et FO notamment, sont vent debout, or les accords d’entreprises devront avoir été approuvés par des syndicats ayant recueilli au moins 50% de voix (*). Quant à la gauche de la gauche (frondeurs, verts, front de gauche) elle est en train d’ériger des barricades.
On sait déjà ce qui va se passer : une réforme - parce que le candidat Hollande fait des réformes - "a minima". D’ailleurs, ne vient-il pas de préciser qu’il n’était pas question de toucher aux "tabous" (sic) que sont le Smic, la durée légale du travail et le contrat de travail ? En plus, il y aura sûrement des amendements parlementaires pour en rajouter une couche et sans doute l’obligation de recourir au 49.3. Pas de révolution donc.
Pour autant, la révolution, elle est en marche (dislocation de gauche) mais en dehors du droit du travail et l’on peut se demander si le débat n’arrive pas trop tard, un peu comme les États généraux en 1789.
La raison d’être du code du travail était la protection du salarié. Il a réussi, sans doute un peu trop même. Aujourd’hui la vraie question est : le salariat a-t-il un avenir ? On se souvient de ce que disait le marxisme sur la dictature du prolétariat et le dépérissement de l’État. Le prolétariat est une espèce en voie de disparition et le salariat risque de ne plus être le principal pourvoyeur de travail.
Déjà, nombreux sont ceux qui échappent au code du travail. Les 6 millions de chômeurs, d’abord, dont on ne peut pas dire qu’ils aient été vraiment protégés. Les 6 millions également de fonctionnaires. Cela parait étonnant mais ils ne relèvent pas du code du travail. D’ailleurs, ils ne perçoivent pas un salaire mais un traitement, comme s’il s’agissait d’une maladie… Et il y a tous les travailleurs indépendants. On ne peut donc pas dire que le code du travail soit pour tous.
Mais il y a bien plus sérieux. Ce qui risque de bouleverser tout le paysage de travail, pour ne pas dire la société, c’est ce que l’on appelle l’économie du partage ou l’économie participative qui se développe sur le net et généralise une nouvelle façon de consommer et donc de produire et de vendre. C’est à dire de travailler.
Le salariat se caractérise par la subordination hiérarchique à  un employeur, le contrat de travail qui le lie à lui et le salaire forfaitaire qui lui est versé. Rien de tout cela dans les nouvelles activités proposées sur le net.
Plus de hiérarchie, plus de contraintes, seulement un échange. C’est moins cher et plus sympa.
Vous devez vous rendre à l’aéroport, le taxi n’est plus obligatoire et les applications ne manquent pas : Uber, Le Cab, etc. avec le sourire en plus.
Vous préférez voyager par la route ? Plutôt que d’utiliser votre voiture ou d’en louer une : Blablacar (covoiturage). Pas cher et convivial.
Vous cherchez un hébergement ? Un particulier vous louera une chambre dans son appartement  et même son appartement : Airbnb.
Peu de domaines échappent aujourd’hui à cette nouvelle économie et les plateformes sont innombrables.
Des amis à  dîner mais pas envie de cuisiner ni de payer un restaurant ? Super Marmite: des particuliers vous proposent des petits plats faits maison.
Acheter des produits de la ferme ? Les ANAP qui mettent en contact direct le paysan et le client.
Emprunter de l’argent ? Sur Crowfunding vous trouverez des particuliers pour vous en prêter plutôt que d’engraisser les banques.
Besoin d’une perceuse ou d’un Karcher ? De nombreux sites mettent en contact des voisins (Share Voisin…).
En fait, il y a des plateformes pour à peu près tout sur internet et l’on peut soi-même proposer biens et services.
On peut trouver cela très bien. Après tout c’est Pierre Bergé qui disait que louer son ventre pour une GPA n’était pas pire que de louer son bras à un patron. Alors sa voiture ou une chambre dans son appartement… C’est moderne, convivial, participatif et souvent écologique. Seul problème, si c’est également économique, c’est que ces activités échappent très largement aux contributions sociales et aux impôts. Or notre fiscalité est largement assise sur les salaires. Qui c’est qui va financer le modèle social français ?
Et que vont devenir tous les métiers dont le chiffre d’affaires va être siphonné par cette nouvelle économie (on le voit déjà avec Amazon et la disparition des libraires) ? Des chômeurs ? Mais il n’y aura plus assez d’argent pour payer les indemnités, comme les retraites d’ailleurs, ou les fonctionnaires.
On ne peut pas croire en ce scénario catastrophe n’est-ce pas ? Demandez donc aux taxis ou aux hôteliers ce qu’ils en pensent …Mais plutôt que commencer un grand combat pour quelques assouplissements d’un code du travail qui ne concernera bientôt plus qu’une minorité de travailleurs ne faudrait-il pas plutôt, ou aussi, commencer à réfléchir à la manière d’intégrer l’économie participative dans l’économie tout court ? Et s’occuper également de tous les travailleurs non salariés ?
Il ne suffira pas d’une loi.


(*) Contre 30% actuellement. Autant dire qu’avec cette règle et compte tenu du fait que, par idéologie, la CGT ne signe quasiment jamais d’accords d’entreprises ou de branches, tout le reste devient du wishful thinking (du pipeau, quoi …) 

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