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dimanche 27 septembre 2015

DES CHIFFRES ET DES LETTRES

Madame Najat Vallaud-Belkacem avait bien raison : « Tous les acteurs reconnaissent que l’échelle des notes en France n’est pas grosso modo (belle maîtrise du latin!) la plus valorisante du monde. La peur de l’échec est intériorisée par les élèves français beaucoup plus qu’ailleurs. » (Novembre 2014). Et elle proposait de remplacer les notes chiffrées par des lettres ou des pastilles de couleurs différentes. Elle reproduisait en cela la voix de son maître qui, dès 2012, souhaitait substituer aux notes chiffrées une "évaluation bienveillante" et "supprimer ce facteur de stress". On se contenterait de vérifier les "blocs de compétences" dans chaque matière afin de percevoir les progrès de l’élève et de pouvoir remédier à ses lacunes. Un barème de 4 à 6 niveaux de lettres est moins malveillant que des chiffres bruts, brutaux même…
Les agences de notation l’ont bien compris qui évaluent les emprunteurs qu’il s’agisse d’États, d’entreprises ou d’institutions. Contrairement à ce que l’on croit il ne s’agit pas de noter les performances économiques mais d’évaluer le niveau du risque supporté par le préteur. C’est donc la dette qui est jugée.
Le principe est le même pour les 3 grandes agences de notation, Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch. Les notes qu’elles attribuent sont des lettres qui vont A à D, mais dans un souci de précision elles ont créé des sous catégories par doublement ou triplement des lettres et aussi par l’ajout de chiffres. C’est ainsi qu’entre AAA (sécurité optimale) et D (faillite) on a un grand nombre de catégories, par exemple  21 chez Moody’s, c’est-à-dire exactement de 0 à 20 si l’on convertit en chiffres ! Mais les États n’auraient pas été capables de supporter le facteur de stress d’une mauvaise note telle que Caa3 pour la Grèce (ce qui équivaut à 4/20), considérée comme "en défaut avec quelques espoirs de recouvrement". Il est vrai que 4/20 n’est pas valorisant, tandis que Caa3 on imagine qu’il n’y a pas de quoi sabler le champagne mais on ne mesure pas vraiment l’étendue du désastre…
Pourquoi parlons-nous ici des agences de notation qui n’ont rien à voir avec l’école ? Pour deux raisons.
D’abord parce que cela a quelque chose à voir puisque chaque notation permet de juger des progrès de l’emprunteur et de mesurer les corrections à effectuer.
La seconde raison est que la France vient pour la sixième fois depuis 2012 d’être dégradée. Pour être précis deux fois par chaque agence, 6 fois au total. La première fois c’était sous Sarkozy, ce qui a permis à Hollande de fanfaronner : « C’est une politique qui a été dégradée pas la France » ! Les quatre dernières dégradations sont intervenues sous le règne de François II, ce qui nous a valu, à chaque fois, des justifications pertinentes : c’est à cause du bilan, puis il faudrait plutôt noter les agences qui se trompent, puis les recommandations qui nous sont faites correspondent exactement à la politique que nous menons, puis cela nous encourage à poursuivre.
Voici ce que dit Moody’s dans son communiqué justifiant les raisons de la nouvelle dégradation de la France :
« La raison principale de la décision (...) tient dans la certitude de plus en plus forte que la croissance économique française restera faible à moyen termeUne tendance (…) qui constitue un obstacle de taille pour réduire significativement limportant fardeau de la dette française. Le pays souffre d’une érosion de sa compétitivité»
Tout cela on le savait mais l’Agence ajoute, "in cauda venenum", comme dirait Madame Belkacem, qu’outre « la faiblesse de la reprise, l’autre raison qui justifie sa décision d’abaisser la note de la France tient aux contraintes politiques et institutionnelles du pays qui pèsent sur ses finances publiques". En clair, avec les cadeaux électoraux que Hollande commence à largement distribuer à son électorat supposé, les déficits vont avoir bien du mal à baisser…
Le plus intéressant dans les notes des agences de notations c’est qu’elles illustrent parfaitement les problèmes de la gauche avec la sélection. Franchement AA2 c’est encore une bonne note mais elle fait apparaître le recul de la France par rapport aux meilleurs et cela est insupportable. L’Allemagne, l’Autriche, la Finlande le Luxembourg et les Pays-Bas ont la meilleure note de AAA que nous avions jadis. Désormais nous sommes au troisième rang. Ce n’est pas qu’une question de vanité mais moins bien on est noté et plus cher on paye sa dette. On ne s’en rend pas actuellement compte car les taux d’intérêt sont extraordinairement et historiquement bas, autour de 1% pour la France à 10 ans mais c’est déjà plus cher de 0,40% que l’Allemagne, ce qui, rapporté au total de notre dette, représente un surcoût d’intérêts de 4 milliards ! "De minimis non curat praetor" dirait Najat. 
Les conséquences d’une remontée des taux seraient effrayantes. Et lorsque les taux remonteront, ce qui arrivera dès que la FED américaine le décidera ou que la BCE resserrera sa politique, nous découvrirons qu’il y a une bombe sous la dette. Si l’on revenait aux niveaux enregistrés entre 1998 et 2007, soit des taux moyens de 4%, les intérêts à régler sur la dette exploseraient et entraîneraient une augmentation de plusieurs dizaines de milliards ("Grosso modo") par an de la charge de la dette(*). "Horresco referens" ajouterait notre ministre latiniste. On tremble rien que d’y penser…
Donc n’y pensons pas et commençons plutôt par supprimer les chiffres et les lettres et contentons-nous de commentaires bienveillants. "Peut mieux faire", par exemple. Là-dessus tout le monde sera d’accord.
Mais note ou pas note, chiffres, lettres ou couleurs, le problème est que quelle que soit la méthode d’évaluation, elle dit au fond une vérité : excellent, bon, moyen, médiocre, mauvais ou, pire encore, en progrès ou en recul.
On peut supprimer les évaluations mais, comme avec le thermomètre cela n’empêchera pas la température de monter ou de descendre.


(*)C’est évidemment beaucoup plus compliqué car l’Etat emprunte chaque année selon ses besoins et à des durées variées et il coûte généralement plus cher d’emprunter à 10 ans, qui est la référence, qu’à 18 mois. Actuellement la durée moyenne est de 7 ans et une hausse des taux ne s’appliquerait que progressivement, sur les nouveaux emprunts. Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a calculé que « une hausse des taux d’un point coûterait 40 milliards en termes cumulés sur 5 ans. » Et que le surcoût pour l’État serait de 11 milliards à compter de la 5ème année. Pour 3 points donc, 120 milliards les 5 premières années et 33 milliards par an ensuite (1,5 point de PIB !)…

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