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dimanche 1 mars 2015

L'IMPORTANT EST DE FAIRE MOINS DE BÊTISES QUE LES AUTRES

Les hasards de la vie nous ont donné la chance, il y a bien longtemps, de rencontrer un grand économiste aujourd'hui disparu. Il s’agissait de Wilfrid Baumgartner, ministre de l’économie et des finances du général de Gaulle. Certains se souviennent peut-être qu’il a succédé dans ce ministère à Antoine Pinay et qu’il fut lui-même remplacé par Valéry Giscard d’Estaing. Il ne fallait pas être n'importe qui pour être ministre du Général ! Il est donc l’un des responsables du formidable redressement de la France aux débuts de la Vème République.
On imagine aisément l’émotion d’un gamin entamant ses études d’économie et conversant avec un tel personnage. Pressé de questions il nous confia un secret : « Voyez-vous, jeune homme, l’économie est une chose fort simple et qui ne repose que sur ce seul principe, faire moins de bêtises que les autres. » Devant mon air ahuri il précisa : « Vous avez bien compris, moins de bêtises que nos voisins et principaux concurrents. Un peu moins d’inflation, de dévaluation, de déficits publics, de dettes surtout. Pour le dire encore plus simplement il nous faut être aussi bons que les  meilleurs.» La leçon était évidemment que si la conjoncture est internationale (nous étions au début de la mondialisation) l’amplitude du cycle croissance/récession enregistrée au niveau national dépend de la qualité de la politique économique de chaque état.
Pourquoi raconter cette anecdote aujourd’hui ? Parce que "le principe de Baumgartner" nous parait plus que jamais d’actualité, à un moment où nous entrons dans une nouvelle période, la troisième depuis que Hollande s’est engagé sur la voie de la présidence. Voyons ces trois périodes.
La première correspond à la campagne électorale et aux débuts du règne de François II. Tout est simple : si la France va mal c’est la faute de Sarkozy. L’excuse de la crise n’est pas pertinente ainsi que les faits le démontreront avec le changement.
Mais les faits ont dit le contraire et il a fallu passer à la seconde période. Si les choses vont encore plus mal c’est qu’il y a bien une crise. Pas en France, non, en Europe à cause du maudit traité de stabilité que Hollande a dû signer dès son arrivée aux affaires, mangeant ainsi son premier chapeau. La seconde période qui est en train de s’achever est donc celle de l’attente d’un retour de la croissance venant d’Europe.
Jusqu’ici tout se tient : les choses allaient mal à cause d’un autre en France et la solution dépend des autres en Europe. Hollande n'est responsable de rien, il a fait ce qu’il fallait.
Et nous voici entrés dans la troisième période, celle de la reprise. Chute du pétrole, baisse de l’Euro, absence d’inflation, tout contribue au retour de la croissance en Europe. Elle est à nos portes et nous allons bientôt en profiter. Que dit Hollande ? Merci à l’Europe et à sa stratégie patiente de réformes et de lutte acharnée contre les déficits ? Que nenni. Il explique que « les mesures prises commencent à produire leurs effets ». Les mesures qu’il a prises, lui, évidemment ! Moi, président… Incorrigible !
Mais nous n’allons pas ouvrir un procès en responsabilité. Si la croissance est vraiment de retour nous nous en réjouirons et féliciterons le président.
A condition que le "principe de Baumgartner" soit avéré et que la France fasse effectivement aussi bien que les autres. Si tel n’était pas le cas, si nos résultats étaient moins bons que ceux de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de l’Italie, de l’Espagne, pour s’en tenir à nos principaux voisins, cela signifierait que nous avons malheureusement fait plus de bêtises que les autres et que les modestes améliorations que nous pourrions observer ne seraient que la marque de nos échecs.
La réponse sera incontestable et ne prêtera pas lieu à interprétation, car ce seront les chiffres qui trancheront. Ceux de la croissance, des déficits publics, du chômage, de la dette… comparés aux résultats de nos voisins.
Cette fois-ci il n’y a aura plus de salut dans le verbe. Nos responsables politiques devront donc s’appliquer à eux-mêmes cette variante du "principe de Baumgartner" : « L’important en politique, est de dire moins de bêtises que les autres. » 

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