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dimanche 12 octobre 2014

LETTRE OUVERTE À ERIC ZEMMOUR

Cher Monsieur Zemmour,
Je vous écoute souvent, comment faire autrement ? Vous occupez tous les médias et même, maintenant, les rayons des librairies avec votre dernier ouvrage en passe de transformer celui de Madame Trierweiler en comptine pour petites filles.
Je dois vous avouer que je suis souvent en désaccord avec vous. C’est que si vous êtes incontestablement intelligent, il vous manque cette qualité essentielle qui caractérise les gens intelligents : donner le sentiment à vos interlocuteurs qu’ils le sont eux-mêmes. Avec vous, c’est l’inverse, on sent que l’on n’est pas d’accord mais vous pensez trop vite et on peine à trouver l’argument convaincant. D’ailleurs, c’est toujours trop tard, vous êtes déjà à la provocation suivante. C’est très frustrant. Ce qui me console, c’est que je ne suis pas le seul. Il suffit de regarder ce pauvre Domenach lorsqu’il cherche à vous porter contradiction dans l’émission "Ça se dispute". On est tellement malheureux pour lui avec son pauvre sourire de chien battu que l’on a envie de baisser le pouce pour arrêter le massacre. Faut-il qu’il soit bien payé pour se livrer au bourreau chaque semaine comme il le fait…
Mais au moins, avec vous, les choses sont claires : vous êtes de droite, très, et conservateur, au moins autant, ce qui est impardonnable dans le monde de la bien-pensance qui règne aujourd’hui. Avec vous, c’est comme au football, on comprend tout de suite, grace aux maillots, qui joue avec qui et qui est dans l’équipe adverse.
Mais voilà que tout se complique. Avant, il y avait les intellectuels de gauche, les rebelles, les indignés, ceux qui pensent juste et bien, et de l’autre côté, les réactionnaires de droite, les conservateurs sans morale et sans cœur. Seulement ce n’est plus le cas: le match droite-gauche est, en effet, devenu impossible On ne trouve plus 11 joueurs pour endosser le maillot de la droite. Zemmour a du talent mais il ne peut, à lui tout seul, constituer une équipe…
Du coup, les rouges se disputent entre eux, certains cherchant à arracher à d’autres leur maillot pour leur enfiler de force un autre, le bleu de la réaction ou le brun de Munich…
Vous qui les connaissez bien, M’sieur Zemmour, est-ce que vous comprenez ce qui se passe ? Pourquoi Onfray, jadis coqueluche de la bien-pensance, post-anarchiste avoué, bouffeur de curé, créateur de l’Université populaire de Caen, auteur de "l’art de jouir", promoteur de l’"érotique solaire", un temps soutien de Besancenot avec ce slogan éminemment philosophique : « La gauche doit être de gauche », est-il devenu le paria de la gauche pour les gardiens du temple de la pensée autorisée? Est-ce simplement pour avoir critiqué la théorie du genre et prononcé cette phrase qui révolutionna la philosophie : « Et si à l’école, au lieu de la théorie du genre, on apprenait à lire, écrire, compter, penser »? Pour une fois que je comprenais et que j’étais d’accord, voilà-t-il pas que les sachants hurlent que ce n’est pas correct et lui arrachent son vieux maillot rouge !
La même mésaventure est arrivée à Finkielkraut (dans le jugement qui a condamné Onfray, on l’a traité de Finkielkraut-bis…). Cet ancien maoïste, après avoir publié  l’"identité française" est devenu le "critique de la modernité", l’"adversaire de la pensée de la période 68 ", le  "réactionnaire" et, bien sûr, le "fourrier du FN ".
Le moins pardonnable est que cet ouvrage a connu un grand succès de librairie. Ce qui lui a valu de se faire traiter d’"agité de l’identité" dans le Nouvel Ob’s (Aude Lancelein) et d’"esprit malade en proie à une aliénation exaltée" dans Le Monde (Jean Birnbaum). Ce dernier ira même jusqu’à le menacer du bûcher : « Dans son nouvel essai, le philosophe attise le brasier identitaire. Au risque de se brûler. Alain Finkielkraut joue avec le feu. » Birnbaum et Le Monde toujours…
C’est raide, n’est-ce pas ? Jalousie de parangons anonymes du politiquement correct face au succès médiatique et littéraire qu’ils ne connaîtront jamais ? La mal est plus grave si l’on en juge par ce qui vient de se passer ce week-end à Blois avec la polémique lors des 17èmes "Rendez-vous de l’histoire".
Une cohorte d’intellectuels (jeunes, dit-on, qui ont donc oublié qu’il était interdit d’interdire) ont lancé un appel au boycottage de la conférence inaugurale sur la question des "Rebelles", que devait prononcer Marcel Gauchet, marxiste dans sa jeunesse, devenu philosophe et historien, directeur d’études à l’EHESS, rédacteur en chef de la revue Le Débat, au motif que son œuvre serait truffée de "poncifs ultraréactionnaires". La pétition est explicite : « Contre quoi Gauchet s’est-il rebellé dans sa vie, si ce n’est contre les grèves de 1995 (...), contre le mariage pour tous, (...) contre les mouvements féministes, contre Bourdieu, Foucault et la “pensée 68” ?»
Avec vous, si l’on en croit Libé du 10 octobre, la condamnation est encore plus nette. Il inutile de le lire, de l’écouter, il suffit de consulter la voix de la bien-pensance: « Zemmour, une dérive française : Homophobe, islamophobe et sexiste, le polémiste prêche avec succès ses thèses sur la déliquescence de la nation. » Pour lui le barbecue est déjà allumé….
Voilà pourquoi, Monsieur Zemmour, je me permets de vous écrire. Cela ne peut plus durer il faut que vous changiez avant qu’ils n’aient votre peau, que vous mettiez votre intelligence au service de la bonne cause. Vous aimez bien provoquer, n’est-ce pas ? Vous avez là une occasion unique de faire exploser tous les audimats et mettre échec et mat vos adversaires acharnés : devenez bien-pensant ! Vous serez le meilleur, ils en perdront leur boulot…
Comment ? J’ai peut-être une méthode pour y arriver que je vous communique à tout hasard, si cela peut vous aider. Voici une lettre qui m’avait été adressée et que je gardais dans mes archives depuis bien longtemps. Peut-être vous intéressera-t-elle ?

  « Cher Alain-Gustave,
     Je consulte régulièrement votre blog, même si je ne partage pas toujours vos analyses. Je vous trouve souvent assez injuste, en particulier avec ceux que vous appelez les bien-pensants. Vous devriez, en effet, considérer l’utilité de leur combat légitime contre les mal-agissants. Je peux vous en parler car, grâce à eux, j’ai fini par me rendre compte que j’en étais un et je n’en suis pas fier. Laissez-moi vous raconter.
     En fait, tout a commencé il y a bien longtemps, lorsque je combattais aux côtés d’un chef franc. A l’issue d’une bataille que nous avions remportée, je trouvais un vase décoré à moitié enterré. L’ayant dégagé je constatais qu’il était brisé. Au même moment, je recevais un grand coup sur la tête. On crut que j’étais mort mais, hélas pour la suite, je survécus malgré de graves séquelles. Ayant le crâne fendu et en dépit de tous les soins pour recoller les morceaux, je n'ai jamais pu rétablir la communication entre la gauche et la droite de mon cerveau. C’est à compter de cet évènement que je devins mal-agissant.
   Après l’épisode du vase, j’ai mis fin, fort sauvagement, il faut bien le reconnaître, aux environs de Poitiers, à l’invasion d’immigrants venus du sud, illégalement entrés en France. Sans manifester aucune compassion, totalement absorbé que j’étais par le décompte des expulsés ad patres.
    Plus tard, j’ai eu le grand honneur d’être présenté à l’empereur Charlemagne qui m’a confié une mission historique : inventer l’école. Et c’est là que j’ai commis une faute impardonnable, la réserver aux garçons ! Ainsi naquit le premier stéréotype du genre, à l’origine des inégalités entre les hommes et les femmes, pardon, des inégalités femmes/hommes, qui sévissent encore aujourd’hui.   
   Par la suite, je me trouvais enrôlé aux côtés de Godefroy de Bouillon, sous les murailles de Jérusalem. On me fit porter une grande tunique blanche marquée d’une croix rouge. Ce n’était pas pour secourir les malades mais pour reprendre aux musulmans nos lieux saints qu’ils s’étaient indûment appropriés. Un sacré massacre chrétien !
    Ce fut le début de ma période religieuse au cours de laquelle je me mis au service de l’Inquisition. J’ai donc, pendant des années, chassé les hérétiques par la torture et les exécutions les plus féroces. C’est à cette occasion que j’ai découvert les excès que pouvait susciter la bien-pensance…
   Je suis donc parti en Afrique pour m’installer dans l’île de Gorée, au service d’une compagnie marchande qui faisait commerce d’esclaves à destination des Amériques. Le spectacle était très dur de ces hommes, ces femmes, ces enfants enchainés, entassés dans les soutes putrides de vieux navires dans lesquels ils passaient des semaines de souffrances et où ils trouvaient souvent la mort. Mais on m’expliquait que nous ne faisions qu’imiter les arabes qui depuis des siècles pratiquaient déjà ce commerce, ce que personne ne leur reprochait et que, d’ailleurs, les esclaves, nous les achetions à d’autres africains qui, eux-mêmes, en faisaient commerce. L’argument me parut spécieux, je finis par abandonner et rentrais en France.
    C’est sans doute à cause de cette expérience africaine que je fus engagé plus tard dans les expéditions coloniales qui permirent à la France de s’attribuer de vastes territoires au Maghreb, en Afrique noire, en Indochine et dans le Pacifique. On m’avait annoncé que c’était un devoir de l’homme blanc que d’éduquer ces populations. Mais aussi que l’on y trouvait des richesses dont notre pays avait fort besoin.
     Fidèle à mes engagements, je participais ensuite aux guerres coloniales pour défendre ces mêmes possessions lorsque les populations locales se mirent à penser qu’elles pouvaient s’éduquer toutes seules et garder leurs richesses pour elles. De partout nous fûmes chassés mais nous combattîmes férocement. La civilisation n’interdit pas la guerre…
    Mais ce n’était pas fini. Il a fallu que, obéissant à l’État français, je participe à des rafles de juifs, par familles entières, pour les livrer aux allemands et me faire ainsi complice de l’holocauste.
    C’est là que j’ai compris que le moment était venu d’arrêter tout ce gâchis. Je décidais alors de fonder une famille avec une femme, des enfants, et des petits-enfants. Je pouvais, enfin, avoir le sentiment de bien agir et découvris que l’on pouvait aussi ressentir de la fierté. On me fit, hélas, vite comprendre qu’un mariage religieux avec une femme, puis des enfants avec elle, c’était faire preuve d'un grand conservatisme. Encore plus grave, je commis alors plusieurs erreurs condamnables : offrir des poupées Barbie à mes filles, des Pet Shops à mes petites filles et conduire mon petit-fils au Parc des Princes assister à des matchs du PSG ! J’étais donc tombé dans le péché post-moderne le plus grave : perpétuer les stéréotypes sexistes que j’avais moi-même contribué à instituer dans les écoles de Charlemagne. Ma honte devenait sans limite…
     Vous l’aurez compris, je suis maintenant un vieil homme qui a subi bien des malheurs et qui, c’est là tout le drame, en a causé bien plus encore. Je n’éprouve plus que fatigue et dégoût. J’ai donc recherché, sinon le pardon, assurément  impossible, pas même la compassion que je ne mérite pas, mais au moins un peu d’écoute. Sur les conseils d’un ami, qui s’est trouvé confronté au même traumatisme, je me suis alors  rendu au siège de "Thinka Nova", une de ces organisations habilitées à trancher du bien et du mal et où l’on vous délivre des ordonnances prescrivant ce qu’il faut penser et dire. Peut-être y trouverais-je enfin l’apaisement ?
    De fait, j’ai rencontré une personne (j’ai compris à mes dépens qu’il ne fallait plus mentionner le sexe des gens, cela fait mauvais genre) qui a écouté très attentivement mon histoire, telle que je viens de vous la narrer. À ma grande surprise, elle ne m’a pas regardé avec horreur ni mépris. J’ai même eu l’impression qu’elle trouvait une certaine satisfaction à m’entendre avouer mes fautes. Voici ce qu’elle m’a dit :
    « Parmi tous vos handicaps, il y en a certains, nombreux il est vrai, contre lesquels on ne peut rien faire : vous êtes un homme, français, blanc, chrétien et hétérosexuel. Je comprends que ce soit dur à porter mais il vous faudra faire avec. Je peux, en revanche, vous donner les moyens de  surmonter ces défauts et de retrouver un peu d’estime de vous-même.
   Rassurez-vous, ce n’est pas aussi compliqué que vous pourriez le penser. Il y a, simplement, quelques formalités à accomplir.
D’abord, il faut vous engager ! Cela implique que vous adhériez à un parti politique. De gauche, bien entendu, le PS de préférence, mais nous ne sommes pas sectaires…
Si vous n’êtes pas au chômage et travaillez pour un patron ou pour l'État, il vous faut vous inscrire à un syndicat, la CFDT de préférence, mais nous ne sommes pas sectaires…
Il vous faudra aussi rejoindre un de ces groupes d’étude et de réflexion où se définit le politiquement correct, "Thinka Nova" par exemple, mais nous ne sommes pas sectaires…
Vous devrez, c'est important, régulièrement, lire la bonne presse, Libération par exemple, mais nous ne sommes pas sectaires…
Vous veillerez, enfin, à vous soumettre à quelques figures imposées, telles que manifester pour une bonne cause ou signer des pétitions en faveur de quelques grandes idées ou contre des mauvaises, que nous vous indiquerons.
Tout cela dans le but de vous former à devenir bien-pensant. Nous vous remettrons, d’ailleurs, un petit livre, une sorte de dictionnaire des mots que l’on peut dire et de ceux qui sont interdits. Et qui explique comment régir à chaque situation.
Voilà ! Si vous suivez ces conseils, vous serez du bon côté, du côté des indignés, de ceux qui ont naturellement raison. S’il vous arrive d’être en difficulté sur un sujet, de manquer d’arguments face à un contradicteur malveillant, il vous suffira de rejeter la faute sur les autres, les mal-pesants. Nous vous soutiendrons, nous sommes très organisés.
Quant à votre responsabilité personnelle dans tous les crimes commis par la France, ne vous inquiétez pas trop. Bientôt tout le monde aura oublié puisque l’on va cesser  d’enseigner l’Histoire à l’école.
    J’ai pensé, cher Alain-Gustave, que mon histoire personnelle pourrait vous faire réfléchir et vous conduire, vous aussi, à mieux penser. C’est tout le mal que je vous souhaite. »
    C'est également ce que je vous souhaite, Monsieur  Zemmour.

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