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vendredi 10 janvier 2014

CES MURS QU’ON ABAT

Sale  temps pour les libertés publiques !
La nauséabonde affaire Dieudonné et le juste combat contre l’antisémitisme imbécile qu’elle a légitimement suscité, se terminent sur une victoire apparente dont on n’a pas fini de mesurer les dégâts collatéraux.
D’abord, c’est un pan de mur des libertés publiques qui s’effondre. La liberté d’opinion et d’expression considérée comme fondamentale par les déclarations successives des droits de l’homme vient de subir un recul. Certes, l’affaire n’est pas terminée : le Conseil d’État devra se prononcer au fond et collégialement ; la Cour Européenne des Droits de l’Homme, particulièrement vigilante sur la question, finira par avoir le dernier mot. Reste qu’aujourd’hui le pouvoir (c’est à  dire un ministre, un préfet, un maire) peut interdire l’exercice de cette liberté publique dès lors qu’il jugera, non plus seulement que l’ordre public est menacé de manière grave et que la police est dans l’incapacité de "prévenir ces troubles par des mesures de police appropriées", mais aussi lorsqu’elle anticipera que pourraient être tenus des propos "en méconnaissance de la dignité de la personne humaine" et "susceptibles de nuire à la cohésion nationale".
Tant que le parcours judiciaire n’est pas achevé chacun peut avoir son opinion. Mais l’enjeu de cette évolution jurisprudentielle est important : traditionnellement le juge administratif était le protecteur ex-ante des libertés publiques et le juge judiciaire était en charge de la pénalisation, à posteriori, des actes contraires à la loi. Il suffit d’écouter les magistrats des diverses obédiences syndicales ou politiques pour comprendre que cette extension des pouvoirs du Conseil d’état n’est pas vraiment de leur goût…
Deuxième souci pour les libertés publiques : la déclaration du ministre de l’intérieur selon laquelle la décision du Conseil d’État était une « victoire pour la République », ce qui revient à dire, si les mots ont un sens, que si le Conseil avait confirmé sa jurisprudence constante, cela aurait été une défaite pour la République. Curieuse conception de la séparation des pouvoirs…
Le troisième sujet d’inquiétude, peut-être le plus grave, réside dans l’illustration par cette affaire de la concurrence mémorielle à laquelle on assiste en ce moment et que l’on préfère ne pas trop observer tant elle dérange. Mais il faut bien le constater : l’antisémitisme auquel l’on pense généralement, qui est bien une réalité qu’il faut combattre résolument, est essentiellement un antisémitisme européen et occidental ; aujourd’hui un autre antisémitisme se développe chez ceux qui pointent les victimes d’Israël en Palestine et qui considèrent que le devoir de mémoire sur la shoah laisse peu de place à la commémoration des victimes de l’esclavage(1).
Là réside le plus grand danger que celui qui se prétend humoriste fait courir à notre société. Par sa pensée, par ses propos et grâce à la publicité que cette affaire lui a offerte, il est en train de devenir le fédérateur de deux antisémitismes : celui, traditionnel, de l’extrême droite et celui, plutôt à gauche, découlant du combat identitaire des militants de la cause palestinienne et de ceux qui reprochent au  système, de fermer les yeux sur la traite négrière. Pas sûr que, de ce côté-là, on juge positive l’avancée du Conseil d’État.
A côté de la gravité du sujet que nous venons de traiter, la deuxième brèche qui vient de s’ouvrir dans le mur des libertés publiques peut paraitre dérisoire, nous allions écrire comique, mais cela l'est aussi peu que le spectacle de Dieudonné  (qui s'intitule "Le Mur" ; décidément, on n’en sort pas !). Pourtant, n’en doutons pas, cette nouvelle affaire va, sans doute, supplanter le Bla-Bla-M’Bala et rejeter les quenelles avariées dans les poubelles de l’histoire.
Il s’agit des révélations sur la vie privée du Président de la République. Nous n’en dirons pas plus mais, cette fois-ci, c’est le respect de la personnalité et de l’intimité, autre droit fondamental, qui en prend un coup. Oh ! On entend déjà les plaidoyers pour la transparence, la modernité, le droit d’informer, on va même invoquer la liberté d’expression, décidemment bien maltraitée en ce moment.
Reste que nous venons d’assister, coup sur coup, à la chute de deux murs. Mais rassurez-vous, le mur des cons résiste encore…
 
(1)Régis Debray avait déclaré, à propos du devoir de mémoire : « Autant le devoir de mémoire est nécessaire, autant son abus est contre-productif (...) Il y a un risque d'escalade, d'une surenchère, d'une concurrence des mémoires. Celles-ci pourraient bientôt provoquer, dans le monde des banlieues, la revendication d'une adoption des victimes d'Israël en Palestine. Et puis il y a les Tsiganes, il y a les Arméniens, et puis il y a surtout les Noirs.  (...) Au lieu d'unifier, j'ai peur que cette initiative ne divise selon des clivages communautaires et confessionnels.»

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