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vendredi 13 décembre 2013

CENTRAFRIQUE ET FRANÇAFRIQUE

« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples », écrivait Charles de Gaulle dans ses Mémoires de Guerre. Le moins que l'on puisse dire c'est que la France, aujourd'hui, n'a pas des idées simples sur l'Afrique et qu'elle aurait besoin de quelques séances de psychanalyse collective pour se libérer de ses culpabilités obsessionnelles.
Lors de la convention d'investiture le désignant candidat du PS à la présidentielle, le 22 octobre 2011, Hollande avait déclaré : « La France répudiera sans regret les miasmes de ce qu’on appelle la françafrique. » Dans ses "60 engagements pour la France", il évoquait les relations qu'il entendait entretenir avec l'Afrique : « Je romprai avec la Françafrique, en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité.»
Au fait, c'est quoi la françafrique ?
Écoutons de nouveau François Hollande, à  Dakar, le 12 octobre 2012 : « Le temps de la françafrique est révolu : il y a la France, il y a l'Afrique, il y a le partenariat entre la France et l'Afrique, avec des relations fondées sur le respect,la clarté et la solidarité. » Et d'annoncer qu'il comptait bien « refermer la longue parenthèse de ces réseaux d'influence qui, depuis les années 1960, mêlaient politique, affaires et affairisme dans les relations entre Paris et ses anciennes colonies ...»
Voilà une idée simple qui est devenue une idée simpliste, comme la suite le  montrera . 
Pourtant, sur ce sujet, et c'est suffisamment rare pour être signalé, il n'a fait que mettre ses pas dans ceux de son prédécesseur. Comme lui, le candidat à la présidentielle de 2007 avait annoncé la fin de la françafrique et s'était engagé à démanteler les « réseaux d'un autre temps...les émissaires officieux...les complaisances... les secrets », dénoncé le « mythe qui prête à la France la faculté de redresser les situations, de rechercher des intérêts économiques que nous n'avons pas et d'être capables d'assurer la stabilité ou de créer l'instabilité dans un pays. »
Lui aussi s'était engagé dans sa campagne (discours de Cotonou, le 19 mai 2006) à « favoriser le développement des pays pauvres ... en cessant d’aider les gouvernements corrompus... On ne fera pas bouger les choses par le seul tutoiement entre le chef de l’Etat français et ses homologues du continent, mais par la conscience collective d’un intérêt commun ».
Sarkozy-Hollande, même combat. Et une fois au pouvoir? Ils ont cultivé, de la même façon, les symboles...
En 2010,  Sarkozy tenait son premier sommet France-Afrique, le 25ème du genre, à Nice. On l'avait appelé "Le sommet Afrique-France" !
En 2013, Hollande a tenu son premier sommet, le 26ème, à Paris. On l'a appelé "Le sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique" !
On l’aura compris: la françafrique, c'est une question de vocabulaire.
Sarkozy est donc intervenu en côte d'Ivoire pour chasser Gbagbo puis  en Lybie pour abattre Kadhafi. Hollande a envoyé l'armée au Mali pour sauver un régime issu d'un coup d'état et en RCA  dont le président est un (ex ?) rebelle. Françafrique ? Que nenni…
Certes, dans tous les cas, il y avait urgence humanitaire et ces actions militaires ont certainement évité de véritables massacres. Mais ce sont indiscutablement des opérations de police (ou de gendarmerie puisque la France reste bien, quoi qu’elle en dise, le "gendarme de l'Afrique") et, à l'exception de Lybie où nous avons agi avec les britanniques, nous avons mené ces opérations seuls. Avec l'accord des Nations Unis, et des africains eux-mêmes, mais seuls. On nous a prêté quelques heures d'avions gros porteurs et octroyé quelques subsides symboliques. Rien de plus.  
Bien sûr, nous avons obtenu le soutien militaire de forces africaines mais ce n'est pas leur faire injure que de douter qu'elles puissent, à échéance prévisible, remplacer les troupes françaises.
Donc, seuls et pour longtemps, quoi que l'on en dise.
Eh bien, soit, assumons !
Parce que nous avons un passé africain (inutile d'ajouter "lourd") et que notre avenir dépend largement de notre influence en Afrique.
Parce que, pour une fois, nous avons un avantage comparatif par rapport aux autres grandes puissances.
Parce que, avec ses 2,5 milliards d'habitants en 2050, ce continent sera notre Nouvelle Frontière.
Parce que les mouvements migratoires ont jeté un pont durable entre l'Afrique et nous (comme c'est le cas entre le Mexique et les États-Unis, qui s’en accommodent bien…).
La phrase du Général de Gaulle sur l'orient se poursuivait ainsi : « Je savais, qu’au milieu de facteurs enchevêtrés, une partie essentielle s’y jouait. Il fallait donc en être. »
L'Afrique, aussi, est compliquée mais comment la France pourrait-elle ne pas en être ? Il lui faudra simplement se débarrasser de ses vieux complexes et assumer ses responsabilités et ses intérêts. Nous avons besoin de l'Afrique. Ça tombe bien, parce qu'elle a besoin de nous.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser notre plaidoyer en faveur d'une Françafrique dépouillée de ses oripeaux honteux, évidemment rénovée, assainie  et décomplexée (il faut se souvenir que l'expression a été inventée par Houphouët-Boigny, au moment des indépendances, pour justifier un étroit partenariat entre la France et ses anciennes colonies) ne vaut pas approbation béate de l'intervention militaire en Centrafrique.
Elle nous paraît, au contraire, malvenue car à la fois trop tardive, compte tenu de la dégradation de la situation, et prématurée, du fait de l'absence de vision claire sur l'objectif politique.
Elle est surtout dangereuse, au moins pour deux raisons : il s’agit essentiellement de combats urbains dont l’issue est toujours problématique ; ils mettent en présence des communautés ethniques et religieuses antagonistes, ce qui engagerait notre responsabilité si les massacres se généralisaient.
Elle est assurément onéreuse, sans doute inutile et probablement sans issue satisfaisante. Qui peut imaginer, en effet, qu’il suffira de désarmer quelques combattants et que la France pourra ensuite retirer ses troupes en laissant un havre de paix ? Dans une chronique du 2 février 2013, nous avions émis les plus grands doutes sur l'opération au Mali, du moins dans sa séquence reconquête du nord (*): cela ne nous fait pas plaisir de le constater mais notre armée est toujours sur place et on dit maintenant qu'elle y restera "le temps nécessaire".
Le dispositif Épervier est toujours déployé au Tchad, depuis 1986. Sarkozy voulait réduire la présence militaire de la France en Afrique mais, malgré certains ajustements (réduction à Djibouti pour permettre un renforcement en Côte d'Ivoire), nous avons toujours des hommes et/ou des avions dans de nombreux autres  pays que nous nous abstiendrons de citer ici...
Sans doute n'avions-nous pas d'autre choix que d’intervenir au Mali et en RCA. Mais pourquoi jouer avec les mots et prendre des engagements qui ne seront pas honorés ? Pourquoi ne pas avoir organisé un vaste débat national, transparent, sur notre politique africaine ? Pourquoi des interventions décidées au dernier moment, sans véritable concertation interne préalable ni implication concrète de l'Europe ? Pourquoi ne pas parler aux français comme à des adultes, sans leur raconter d'histoires improbables ?
La guerre n'est pas un jeu dont un seul homme fixe les règles.

(*) « Seulement voilà, c’est maintenant que les difficultés commencent vraiment. Rester, c’est redevenir le gendarme de l’Afrique. Partir, c’est se faire le complice d’un inévitable déchainement de violences de part et d’autre. »  http://www.francois-2.com/2013/02/hollande-nike.html

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