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jeudi 21 novembre 2013

AYRAULT JOUE SON VA-TOUT

Hollande se présidentialise : il parle avec Léonarda, accueille les otages, soutient l'équipe de France de football, impose la paix entre israéliens et palestiniens, contraint l'Iran à renoncer à l'arme atomique et ordonne à Vals d'arrêter le fou qui tire sur les journalistes  (des fois qu'il envisagerait de lui décerner la légion d'honneur)...
Ayrault, ne manque plus une occasion d'afficher son autorité nouvelle. La dernière étant l'annonce de son projet de "remettre à plat" la fiscalité. Oui, vous avez bien lu : Ayrault a pris une initiative !
Pire, il critique sévèrement ce qui a été fait par le gouvernement jusqu'à présent : « Le système fiscal français est devenu très complexe, quasiment illisible, et les Français, trop souvent, ne comprennent plus sa logique ou ne sont pas convaincus que ce qu’ils paient est juste, que le système est efficace. » Il va donc bien au-delà du "ras- le-bol fiscal" évoqué par le ministre de l'économie.
Au fond, les socialistes ne sont vraiment à l'aise que dans l'opposition. Y compris à leur propre politique...
Donc Ayrault fait comme Hollande quand il était en campagne électorale, des promesses. Réformer  la fiscalité, tout remettre à plat et, pendant qu'il y, est revoir aussi les dépenses publiques.
Étonnant, mais comment ne pas être d'accord ? On voulait de vraies réformes ? En voici une qui entrera dans l'histoire.
Évidemment on se demande quel est l'objectif et qu'elle méthode sera utilisée.
« L'objectif c'est de parvenir à des règles plus justes, plus efficaces et plus lisibles. » Il était temps, en effet.
La méthode, elle, est carrément surprenante. On comprendrait que sur un sujet pareil le président s'adresse solennellement  à la nation pour fixer le cap, puis que le gouvernement soit chargé de préparer un projet qu’il présenterait au parlement. Normalement,  ce sont les partis politiques, de la majorité comme de l'opposition qui devraient être consultées. C'est leur rôle et une pratique constante dans toute démocratie. Mais Ayrault ne semble pas y avoir pensé, au moins spontanément, puisqu'il a annoncé qu'il allait, sans attendre, réunir "les partenaires sociaux"...
Comment s'étonner du discrédit qui frappe la classe politique ? Comment condamner l'égoïsme catégoriel, et les tendances "poujadistes" que la gauche se plait à dénoncer,  si l'on privilégie le dialogue avec les syndicats qui, par nature, défendent des intérêts particuliers et dont la revendication est la raison d'être ? Compte-t-on sur eux pour défendre l'intérêt général?
Mais au fait, est-ce vraiment l'intérêt général qui motive Ayrault. Ne sommes-nous pas, à nouveau face à une manœuvre politicienne destinée à détourner la colère des français face au matraquage fiscal ? Et à une ultime tentative pour sauver le soldat Ayrault. Comment en effet, changer un premier ministre engagé dans une réforme aussi sérieuse ? De quoi gagner un an, au moins...
Dans ce jeu de billard à plusieurs bandes il y a, d’abord, un message à ses ministres : J'ai décidé seul, sans même que ne soient au courant les ministres concernés, de l'économie (« Non, il n’y a pas aujourd’hui de volonté de bouleverser le système ; les réformes fiscales ? Il y en a déjà eu plusieurs et il n’en est pas prévu d’autres. Le mot d’ordre, c’est stabilité, c’est prévisibilité, c’est lisibilité. » Moscovici sur RMC/BFMTV le 5 novembre 2013) et du budget (« Le grand soir fiscal n’existe pas. Une réforme fiscale efficace, c’est une réforme dans la durée, au service de la justice et de la compétitivité. Nous l’avons déjà massivement engagée. » Cazeneuve dans Le Monde du 2 juillet 2013). C'est qui le boss ?
Mais c’est aussi un gage donné à la gauche de la gauche : vous voyez que je peux faire la réforme fiscale que vous réclamez, laissez-moi la mener à bien, tout sera prêt pour 2015…
Plutôt bien joué! Si le pouvoir actuel n'a pas vraiment convaincu dans sa capacité à gouverner le pays, il confirme une fois de plus son expertise en manœuvres politiciennes.
Si ça marche.
Parce que cela ne va pas être simple. Nous ne pensons pas seulement aux difficultés techniques et juridiques, qui seront énormes, mais plus encore au risque politique majeur d’amplification de la contestation fiscale.
Si l'on a bien compris, en effet, il n'est pas question de revenir sur la pause fiscale. La réforme se fera à prélèvements constants, donc en répartissant différemment le poids de l'impôt. On ne devra pas non plus accroître les charges des entreprises, la conversion récente du président à la compéti-tivité l'interdit. Les riches, bien sûr. Mais on a vu ce que rapportait leur imposition; décidément, il n'y en a pas assez et ils sont trop malins. On sait, par ailleurs, que l'exercice doit permettre d'alléger le fardeau des moins favorisés. Alors qui reste-t-il ? Pince-moi, bien entendu. C'est à dire les classes moyennes, salariés, professions libérales, petits entrepreneurs… Très gros risque !
Ce qui pose une autre question : Hollande est-il complice, ou s'est-il laissé manipuler par Ayrault ?
Écoutons sa réaction. Il a d’abord laissé la porte-parole du gouvernement s’exprimer : « Le président de la République a qualifié cette initiative de très utile, saluant la démarche du premier ministre de recevoir les partenaires sociaux dès la semaine prochaine, ils sont forces de propositions. » Le lendemain, il a apporté lui-même la précision( ?) suivante : « Il y a là un engagement qui prendra le temps nécessaire, c'est-à-dire le temps du quinquennat »...  La réforme fiscale (est) un « engagement de la campagne présidentielle… Elle été pour partie engagée. Mais elle doit être poursuivie tout au long du quinquennat… Ce qu'a proposé le Premier ministre, c'est d'abord de rencontrer les partenaires sociaux (...) ça, c'est la méthode. » Et de fixer « trois objectifs à cette réforme du système d'imposition : un objectif de simplification, un objectif de clarification et un objectif de justice. La réforme fiscale, c'est aussi une réforme structurelle, une réforme de compétitivité. » On ne peut pas dire qu’il fasse dans le lyrisme. Il semble plutôt ramener l’exercice (déjà engagé et qui doit se poursuivre tout au long du quinquennat, contredisant ainsi Ayrault sur l’échéance de 2015) à de plus modestes objectifs et en fixer, dès le départ, les limites.
Autant on ne reconnaît plus Ayrault, autant Hollande ne nous déçoit pas : il fait toujours du Hollande. Surtout ne pas décider, ne pas prendre de risque. Son message à Ayrault : vas-y Jean-Marc, si tu réussis tant mieux, je gagne du temps avant de remanier. Si tu échoues, et ne parviens qu'à accroître le désordre, je pourrais te congédier sans que cela n'apparaisse comme un échec de ma politique.
Si vous aimez le billard, vous n'allez pas être déçus...

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