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mardi 11 juin 2013

MAUROY EST MORT, LE RÊVE AUSSI

Hommage unanime a été rendu à Pierre Mauroy sitôt son décès annoncé, dans tous les médias, à gauche comme à droite. Ne soyons pas en reste, l’homme le méritait : chaleureux, humain, fidèle défenseur des classes populaires. Peut-être le dernier vrai socialiste. S’il reste encore des éléphants au PS, ce fut le dernier dinosaure.
Oui, l’homme le méritait. Mais le politique ?
Si l’on considère son bilan à la tête du gouvernement, entre 1981 et 1984, il faut bien reconnaître que son nom restera attaché aux mesures économiques et sociales qui parachevèrent le fameux "modèle français" dont nos amis se désolent, qui réjouit nos concurrents et que l’on paye aujourd’hui en déficits, chômage et sacrifices pour tous. Le paradoxe est que ces mesures font toujours la fierté de la gauche et que la droite, tétanisée, n’a jamais osé vraiment les remettre en cause.
C’est sous son gouvernement que l’on a avancé l’âge de la retraite, commencé à  réduire le temps de travail, qu'a été instauré l’ISF, que l’on a procédé aux nationalisations et multiplié les emplois publics. Dès son arrivée, le smic a été augmenté de 10%, le minimum vieillesse de 20%, les allocations familiales de 15%...
On dira qu’il s’agissait de promesses de Mitterrand  et qu'il s’est contenté de les mettre en œuvre. Ce serait lui faire injure et, d’ailleurs, pourquoi tant d’éloges si, comme on le dira plus tard à propos de quelqu’un d’autre, il n’était qu’un " exécutant " ?
Mauroy était le modèle de ces socialistes qui croyaient, de bonne foi, au progrès éternel, à la croissance sans fin et à la redistribution sans limite. « Moins de travail, plus de prestations » était son credo.
Deux ans plus tard, c’est la catastrophe : le taux  de chômage bondit (7,9% en 1981, 10,2% en 1984) l’inflation dépasse les 12%, les capitaux s’enfuient et la France doit dévaluer sa monnaie chaque année (entre 1981 et 1984 le franc aura perdu le quart de sa valeur face au deutschemark), les déficits et la dette explosent…
Si hommage doit être rendu à l’homme politique,  c’est pour le  courage dont il a fait preuve lorsqu’arriva le moment de payer l’addition. C’est à lui que l’on doit le maintien de la France dans le système monétaire européen, contre la volonté première de François Mitterrand. Et c’est lui qui assuma le cruel changement de cap en procédant à ce que l’on a appelé le "tournant de la rigueur" qui fut le passage du rêve à la réalité, des promesses aux renoncements. Aux élections législatives suivantes la gauche était renvoyée dans l’opposition et Mitterrand contraint de cohabiter avec  Chirac à Matignon.
Telle est donc la morale de que nous a laissée Mauroy : Le rêve est le sel de la vie mais c’est dans la réalité qu’elle trace son chemin.
L’ironie de l’Histoire veut que son décès coïncidât avec l’annonce par le gouvernement de la réforme des retraites.
Tout le monde se souvient du dernier grand discours qu’il avait prononcé, au sénat en 2010, contre le projet de réforme des retraites de Sarkozy, en particulier le passage à 62 ans. Personne n’est resté insensible au talent et à l’émotion de l’orateur. Souvenez-vous : « La retraite à 60 ans, c’est une ligne de vie, c’est une ligne de souffrance, c’est une ligne de revendication, c’est une ligne d’espoir…
Certes, nous sommes partisans d’une réforme, de changements, nous savons bien que les conditions ont évolué, que la situation actuelle est différente … mais ce n’est pas une raison pour rayer cette ligne de vie, cette ligne de combat…. Nous ne voulons pas abandonner la retraite à 60 ans. »
Peut-être est-il parti pour ne pas entendre ce que Hollande allait dire : « Le déficit des retraites est insoutenable … Je refuse de reporter le fardeau sur les générations à venir… on vit plus longtemps on devra travailler plus longtemps. »
Le rêve est bien mort … Enfin, si les engagements qui contredisent les précédentes promesses ne sont pas trahis par les prochaines mesures.
C’est sur ce dossier- dont Rocard disait : "avec la réforme des retraites, il y a de quoi faire tomber cinq gouvernements" - que Hollande va, sans doute, jouer son quinquennat.
Il a choisi une méthode, celle de la concertation. Laissons-le donc faire avant de commenter. Rappelons simplement les enjeux.
L’enjeu financier d’abord : d’ici 2020 le déficit cumulé de l’ensemble de toutes les branches sera supérieur à 200 milliards d’euros (chiffres du COR, le très officiel Comité d’orientation des Retraites). Pour la seule année 2020, le "trou" sera de 20 milliards; 8 pour les complémentaires du privé, 7 pour les retraites des fonctionnaires, et 5 pour le régime général (1).
La retraite à 60 ans n’était donc pas qu’une ligne de vie…
L’enjeu politique ensuite. Si l’on en croit la communication gouvernementale tout le monde sera appelé à faire des efforts :
-Les retraités devraient perdre l’abattement de 10% sur leur revenu, voir leur CSG alignée sur celle des actifs (hausse de 6,6% à 7,5%), supporter une désindexation partielle des pensions sur l’inflation, perdre le bonus de 10% pour le troisième enfant (2).
-Les actifs pourraient échapper à un relèvement des limites d’âge (62 ou 60 ans pour le départ à la retraite, 67 pour le taux plein) en contrepartie d’un relèvement de la durée de cotisation (de 41,5 années en 2018 à 43 ou 44). Le mode de calcul pourrait être modifié en imposant un niveau de salaire supérieur au montant pris en compte (par exemple 105 euros pris en compte pour 100 euros).
-Les fonctionnaires verraient leur pension calculée sur la moyenne des dix dernières années au lieu des 6 derniers mois de salaires comme aujourd’hui.
-Les employeurs subiraient une hausse des cotisations retraites (0,30% ?).
Au total donc, pas de révolution : le régime par répartition serait préservé, la retraite par points ne serait plus envisagée. En contrepartie, il y aurait un effort de tous et, très vraisemblablement, un mécontentement général.
Réforme de la retraite ou retraite sur la réforme ? Tel est l’enjeu des prochains mois et la grande affaire du règne de François II.
Le rêve est mort avec Mauroy, voyons s’il y a de l’espoir avec Hollande…


(1)On peut se demander à quoi aura servi la réforme Sarkozy. Le COR répond à cette question : trop mesurée et n’ayant pas prévu la crise elle n’aura comblé que la moitié du trou. 20 milliards économisés par la droite, 20 milliards à trouver par la gauche. Voilà, au moins, un sujet de consensus, même si la gauche s’était opposée à la précédente réforme comme la droite s’opposera à la prochaine…
(2)La voilà bien la preuve que le soi-disant déficit de la branche famille était bien dû à un transfert vers la retraite. Plus de bonus sur les pensions, plus de déficit des allocations familiales ! Trop tard la mesure est passée…

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