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mercredi 23 mai 2012

LE POIDS DES MOTS


« Au commencement était la parole ». Ainsi débute le Prologue de l’Evangile selon Saint-Jean. Même s’il veut constitutionnaliser la loi sur la laïcité, Hollande n’a pas oublié l’enseignement religieux reçu dans son enfance au Pensionnat Jean-Baptiste-de-La- Salle de Rouen.  Il connaît bien l’importance du verbe et, si cela n’avait pas été le cas, son entourage lui aura sûrement rappelé le poids des mots. Sarkozy gouvernait par l’action (certains disaient même par l’agitation), Hollande régnera par le verbe…Deux exemples récents en donnent une parfaite illustration.
Premier exemple : on l’a vu partout aux USA, pour le G8 et le sommet de l’OTAN, aux côtés d’Obama qui ne lui ménage ni les sourires ni les petites blagues (le choc des photos dirait encore son entourage). Pourtant il a su se montrer ferme et lui céder en rien !
Le Président des Etats Unis est d’accord avec lui sur une nécessaire relance en Europe (c’est le contraire qui aurait été étonnant, il a besoin de nous pour acheter ses produits et ce n’est pas lui qui paye l’addition de la relance…) et il n’a pas manifesté de mécontentement devant l’annonce de Hollande retirer les soldats français d’Afghanistan.
L’engagement N° 57 du candidat était parfaitement clair : «J’engagerai un retrait immédiat de nos troupes d’Afghanistan : il n’y aura plus de troupes dans ce pays à la fin de l’année 2012 ». Vous vous souvenez du principe d’exception ? En fait, ce ne sont pas toutes les troupes qui seront retirées à la date fatidique, seulement les « troupes combattantes ». Et derrière les mots perce le flou…
Hollande lui-même a précisé qu’en 2013 resteront sur place des formateurs (?) pour les forces de police et pour les cadres de l’armée afghane. Il a même précisé que cela se fera dans le cadre de l’opération de l’ISAF (la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité est le commandement militaire de l’OTAN en Afghanistan…). On a compris, par ailleurs,  que le départ des personnels et des équipements français (opération longue, dangereuse et coûteuse), se prolongera au-delà de décembre 2012 et qu'il faudra bien assurer leur protection.
Voilà la raison choix des mots "forces combattantes". On est prié de comprendre "retrait total" au 31 décembre 2012. Combien de soldats aurons-nous encore, disons fin mars 2013 pour être généreux, en Afghanistan ? Parce que pour protéger...
Pour être tout à fait assuré qu’Obama ne froncerait pas les sourcils, Hollande a accepté une contribution financière de la France, pendant 10 ans (200 millions par an ?), en soutien aux forces afghanes. Et, cerise sur le gâteau, il a donné son accord sur  le projet de bouclier antimissile (aucun commentaire des alliés du PS !), se déclarant « rassuré sur les conditions de sa mise en œuvre », grâce auxquelles ses  « réserves initiales ont pu être levées ».  Reconnaissons qu’il ne s’est pas laissé impressionner par Obama !
Deuxième exemple : les fameux euro-bonds. Engagement N° 11 : « Je proposerai de créer des euro-obligations ». (Bond se dit obligation en français, en fait ce sont des emprunts). Là encore, il faut être attentif aux mots. Depuis qu’il a rencontré Angela Merkel  on ne parle plus d’euro-bonds mais de project- bonds. On joue sur les mots ? Assurément.
Les euro-bonds, vous connaissez, c’est la mutualisation de la dette pour financer les déficits. Les project-bonds ce sont des prêts pour financer de grands projets d’infrastructure (des routes, par exemple, ou d’autres investissements productifs). On a déjà expliqué comment la BEI gère des project-bonds… depuis 1957.
On va donc se payer de mots dans les prochaines semaines. Le lendemain du deuxième tour des élections législatives nous aurons le choc de la photo des 27, tout sourire pour nous annoncer un accord sur le Pacte de croissance (sans les euro-bonds, ni la réforme de la BCE). Et Hollande pourra faire ratifier le Traité de stabilité budgétaire. Soyons assurés qu’il trouvera les mots justes pour nous expliquer qu’il a obtenu que le mot croissance soit unanimement reconnu.
Le comble, dans tout cela, c’est qu’il n’y a rien sur ces sujets que l’on ne puisse approuver, ni un retrait progressif d’Afghanistan entamé dès 2012, ni un meilleur usage des fonds structurels de l’union européenne et des capacités financières de la BEI.
Alors pourquoi faut-il toujours regarder derrière les mots pour constater que l’on cherche, toujours, à nous vendre des vessies pour des lanternes ?

Un dernier exemple des effets pervers du gouvernement par les mots ? On se souvient de cet engagement de Hollande : « Je n’aurai pas autour de moi à l’Elysée des personnes jugées et condamnées ». Aujourd’hui, Montebourg a été condamné à un euro de dommage et intérêts, 3 000 euros de frais de justice et publication de la condamnation dans un journal, pour avoir publiquement injurié les anciens membres de la direction de la société  de ferries SeaFrance, traités d’escrocs. Ne l’excusons pas, de tels mots sont conformes au personnage.
Mais certains, à droite, demandent sa démission en application littérale de l’engagement de Hollande. Absurde, évidemment. Mais quel besoin Hollande avait-il de prononcer de tels propos ? Ce serait simplement risible si Ayrault ne s’était investi de la mission d’interpréter la parole du prophète : la sourate n’est valable que « pour des actes contraires aux valeurs de la République », dit-il. Diable, si l’on peut dire, la diffamation est donc conforme aux valeurs de la République ? Il est vrai que ces cinq dernières années…

Mais il faut relativiser : « Dieu a accordé à chaque peuple son prophète dans sa propre langue » dit le Coran.

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