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« TOUT PARTI VIT DE SA MYSTIQUE ET MEURT DE SA POLITIQUE » (Charles Péguy)

mardi 27 juin 2017

DERNIÈRE CHRONIQUE

   Disons-le franchement : nous ne pensons pas que Macron soit de la race des dictateurs et qu'il constitue une menace pour la République et pour la démocratie. Il ne doit donc pas y avoir de malentendu avec ce qui va suivre.
  Nous dirons plutôt que c'est un homme d'une intelligence exceptionnelle, doté d'une capacité d'analyse et de calcul que l'on ne retrouve qu'à la NASA ou, peut-être, à la CIA.    Cette machine est tout entière consacrée à une ambition : réussir ce qu'il entreprend. Avant, c'était la haute finance, aujourd'hui, c'est la conquête et l'exercice du pouvoir. Ce n'est pas le pouvoir en lui-même qui l'intéresse mais de réussir ce qu'il entreprend. Il a connu la fortune chez Rothschild, il a remporté l'élection présidentielle et il prévoit déjà d'effectuer un second mandat. Après, il aura surement une autre ambition et il se consacrera entièrement à l'assouvir. "Réussir ce que j'entreprends" est sa devise.
 On se trompe quand on dit qu'il a eu une chance exceptionnelle dans son ascension politique. Ce n'est que le résultat d'un plan savamment élaboré à partir d'une analyse rigoureuse des ressorts de la société politique française et des causes de l'échec final de ses deux prédécesseurs.   
 De Sarkozy, il a retenu l'exceptionnel dynamisme et l'habileté politique. De Hollande, il a appris tout ce qu'un président ne devait pas faire. 
  On s’interroge parfois, avec de mauvaises pensées, sur ce que Macron a fait de l'argent qu'il a gagné chez Rothschild.     C'est pourtant simple, il l'a utilisé à se payer une équipe, une dream team secrète, une Firme à son service, avec une mission précise : devenir en quelques mois président de la République. Sûrement pas une équipe française, personne dans ce pays ne sait conserver un secret. 
 Les meilleurs cabinets d'intelligence stratégique, de conseillers politiques, de communicants de génie ne sont-ils pas américains ? Évidemment nous n'en savons rien mais nous sommes prêts à parier qu'il s'est fait conseiller par les meilleurs experts américains. 
  Un seul début de preuve : officiellement Macron n'avait pas de conseiller en communication, pas besoin disait-il. Tu parles ! Vous avez déjà vu un candidat à l'élection suprême s'occuper tout seul de sa communication et de sa stratégie ?
  On ne peut douter que tout à été minutieusement préparé et programmé avec une précision d'horlogerie. Impossible pour un homme seul, aussi génial soit-il.
  À cet égard, l'expression de "hold-up" pour qualifier sa performance inouïe n'est pas la plus adaptée. En fait, nous avons assisté au "casse du siècle". Un hold-up est à la portée de n'importe quel voyou, le casse du siècle, comme l'attaque du train postal Glasgow-Londres  en 1963, impose une longue préparation, la mobilisation des meilleurs experts et un plan d'action minutieux.
  C'est bien ce que Macron a réussi.
  Nous nous sommes permis cette analyse personnelle et romanesque, ce que nous n'avions jusqu'à présent jamais fait, parce qu'il s'agit de notre dernière chronique. Comme un monôme d'après bac...
  Nous voulions savoir si le PS réussirait enfin sa refondation et si Hollande en serait l'auteur ? Le parti socialiste est en charpies et Hollande est tombé dans le trou noir de l'histoire.
  Nous ne voulions pas conclure sur un tel désastre avant de savoir si son successeur réussirait son installation et posséderait tous les moyens de réformer la France ? Nous pensons maintenant qu'il en a les moyens.
 Nous terminerons malgré tout, comme nous avions commencé le 24 décembre 2010, sur une interrogation. Concernant le nouveau président cette fois.
  A-t-il préparé avec la même minutie et envisagé tous les scénarios pour que son triomphe ne soit pas uniquement électoral mais aussi présidentiel ? Par exemple, possède-t-il une stratégie pour résister à la rue ?
 Bien que rien ne soit plus difficile à prévoir que l'avenir, nous souhaitons à Emmanuel Macron, très sincèrement, une marche impériale...


*
  
  Me voici maintenant arrivé au bout du chemin et je peux arrêter ici ma carrière de blogueur.   
 Mille mercis à tous les fidèles lecteurs de France ainsi qu'aux  nombreux résidents à l'étranger qui ont été nombreux et assidus. 
  Peut-être nous retrouverons-nous sur Facebook ?

                                      Alain-Gustave Vialain

dimanche 25 juin 2017

MACROLÉON

 Officiellement nous sommes toujours sous la Vème République. Aucune réforme de la constitution n'est intervenue, aucun référendum n'a modifié la nature du régime, aucun coup d'état n'a été perpétré.
 Malgré tout un bouleversement est survenu dans nos institutions. Elles ont souvent été critiquées et leur nature parlementaire mise en cause. Pourtant, les textes fondamentaux sont formels : la France est une démocratie républicaine et parlementaire. Certes, le président jouit de pouvoirs importants, beaucoup plus que sous les IVème et IIIème Républiques mais  la responsabilité du gouvernement devant l'assemblée nationale et le pouvoir législatif des députés et sénateurs prouvent sans conteste le caractère parlementaire de notre régime politique.
  Comme le disaient les pères fondateurs de la Vème République, il s'agit d'un parlementarisme "rationalisé" ce qui signifie que les pouvoirs législatifs et exécutifs ont  été strictement encadrés afin que ne se reproduise plus l'instabilité ministérielle chronique qui a conduit les deux précédentes Républiques au désastre.
  Mais la Vème République a été, et continue d'être, fréquemment critiquée, surtout par la gauche, quand elle est dans l'opposition. Mitterrand condamnait ses dérives bonapartistes et considérait qu'elle était un "coup d'état permanent". À chaque élection présidentielles de nombreux candidats inscrivent régulièrement la VIème République à leur programme. Ils ont toujours  été battus sauf Mitterrand qui, sitôt élu, a découvert que la Vème lui convenait parfaitement et qui s'est bien gardé de changer la constitution.
  C'est pourtant ce qu'est en train de faire Macron, à sa manière, sans annonce publique, en douceur mais radicalement, selon un principe simple et redoutablement efficace : dégrader tous les échelons du pouvoir au profit du sien ! Du pur Bonaparte !
  L'assemblée, c'est fait. Une majorité absolue de députés choisis par lui, n'existant que par lui et lui ayant juré fidélité absolue. Le problème avec les politiques est que leur fidélité ressemble à celle des personnes de petite vertu. Là est la première astuce : à part quelques exceptions, ce ne sont pas des politiques. Certains le deviendront sans doute mais la plupart sont novices et les qualités pour lesquelles ils ont été sélectionnés sont réelles, variées, mais absolument pas politiques. Ce sont des fidèles, au sens religieux du terme.
   Il a pourtant pris un gros risque, redoutant de na pas avoir sa propre majorité absolue, il a fait alliance avec Bayrou et son MoDem. Ceux-là, ce sont des politiques, peu fiables et susceptibles de changer de camp au service d'un chef qui n'a pour objectif que sa propre gloire. Beau parcours : transfuge de l'UDF, il ne fera pas voter Chirac contre Le Pen; goujat, il refusera les avances de Ségolène Royal pour s'offrir le coup d'après à Hollande; cocufié par ce dernier il sera battu aux législatives par un socialiste avant de finir par remporter la mairie de Pau avec les voix des juppéistes avant de se rallier à Macron. Cet homme est un oursin qu'il vaut mieux avoir comme ennemi. Macron a compris et il s'en est débarrassé en trois coups de cuillère à ...pôt ! Les principaux dirigeants du MoDem furent ainsi brutalement arrachés à notre affection : le ministre d'état, garde des sceaux, la ministre des armées et celle des affaires européennes. Les yeux sont restés secs dans les chaumières.
  Même dans son camp, il a pris ses précautions en retirant de son gouvernement, où il risquait de faire des dégâts, le fidèle Ferrand pour en faire le garde-chiourme des débutants LREM afin de s'assurer qu'ils ne marcheront pas de travers.
  Quant à ce qui aurait dû être l'opposition de droite et du centre il l'a faite éclater en lui  offrant des postes de supplétifs dans sa majorité et même dans son gouvernement. À commencer par son premier ministre, issu d'un parti d'opposition, sans troupe, privé de sa fonction première de chef de la majorité confiée à un fidèle macroniste. Pas de risque de voir émerger une bande à Doudou...
  Rien donc à redouter du côté de la majorité parlementaire. Mais l'histoire a montré que les ennemis logent souvent dans le gouvernement. Il ne suffit pas d'être président pour maîtriser l’exécutif. Demandez donc à Hollande. Macron a retenu la leçon.
  Nous avons vu comment il a choisi ce premier ministre qui ne sera que le premier des ministres, chargé de mettre de l'ordre dans la base-cour et de veiller à ce que les ministres restent à leur place et se contentent de mettre en oeuvre les projets du président.
  Donc pas de poids lourds dans le gouvernement, en tout cas aucun qui ambitionne de devenir Kalif à la la place du Kalif. Sans doute Hulot est-il un poids lourd mais vous le voyez candidat ? Le Drian n'avait même pas envie d'être ministre. Collomb ? Trop tard, trop fidèle.
  Les ministres sont des techniciens, experts dans leur domaine, sans expérience politique. Facile à remplacer. D'ailleurs, il y a trois catégories de ministres. Les "plein", les délégués, les secrétaires d'état en charge d'un domaine spécifique et les secrétaires d'état sans attributions précises, au service de leur ministre.
  Donc les députés appuieront sur le bouton de vote qu'on leur indiquera. Les ministres seront des directeurs d'administration. Pour leur faciliter la tâche, Macron a décidé d'appliquer le systèmes des dépouilles qui permet de mettre à la tête des administrations des fonctionnaires fidèles.
  Pour verrouiller totalement le système il fallait veiller au choix des conseillers et chargés de mission dans les cabinets qui ne résistent jamais à la tentation de se prendre pour le ministre et qui sont en compétition permanente avec leurs collègues des autres ministres, de Matignon ou de l'Élysée. Il suffisait d'y penser : nommer des conseillers multicartes, rattachés à deux ministres, à un ministre et au président ou au premier ministre.
  Comme on le voit, Macron a tout prévu, maîtrise tout, rien ne devrait lui échapper et ceux qui n'auront pas compris iront voir ailleurs.
 Tous les candidats à la présidence de la République avaient promis de rétablir l'autorité de l'État. Les présidents successifs n'ont réussi qu'à l'affaiblir.
  Macron a pris le problème autrement : il a établi sa propre autorité. Absolue...
  Napoléon percera-t-il sous Bonaparte ?

mardi 20 juin 2017

LES ESCADRILLES ONT DÉCOLLÉ

  Chirac disait que les emmerdements volent toujours en escadrilles. Macron est en train d'en faire l'amère expérience.
 Mais quelle idée aussi que d'inaugurer un mandat présidentiel par une loi sur la "moralisation de la vie politique". Il a dû mesurer le risque puisqu'il en a rapidement changé le titre préférant l'appeler "loi sur le rétablissement de la confiance dans l'action publique". Mais est-il vraiment plus facile de rétablir la confiance que d'instaurer la morale ?
  Voici précisément que les ennuis arrivent avec la mise en cause de plusieurs de ses ministres. Cela a commencé avec l'ouverture d'une enquête préliminaire sur Richard Ferrand, le ministre de le cohésion et des territoires "dans le but de rechercher si des faits sont susceptibles de constituer une infraction pénale en matière de manquements aux devoirs de probité et aux règles spécifiques du code de la mutualité."
  A l'Élysée comme à Matignon, on commence par défendre Ferrand en disant que la question de son maintien au gouvernement ne se poserait qu'en cas de mise en examen et que seuls les électeurs en étaient aujourd'hui juges. 
  Ils ont tranché en sa faveur en le réélisant député mais le lendemain il quitte le gouvernement, de son plein gré évidemment, pour devenir président du groupe LREM. La question a été réglée en tête à tête avec le président de la République, hors la présence du premier ministre, chef de la majorité et de tout représentant du parti et de députés alors qu'il s'agit d'une prérogative parlementaire. Jupiter a tranché...
  Et puis vient le tour de Sylvie Goulard. Normal direz-vous de trouver en tête de patrouille la ministre des armées ! Elle a demandé, au président bien entendu, "de ne plus faire partie du gouvernement pour démontrer sa bonne foi", ce qu'au sommet de l'État on a traduit par "pour des raisons personnelles". Aucun rapport donc avec l'ouverture d'une enquête préliminaire visant plusieurs députés européens, dont elle-même, "pour "abus de confiance et recel d'abus de confiance" . Sale coup quand on s'est fixé comme priorité justement de rétablir la confiance ! 
  La justice cherche à "déterminer si des irrégularité ont été commises et si elles sont susceptibles de recevoir une condamnation pénale." C'est ce que l'on appelle des motifs personnels.
 Tellement personnels qu'un, une en fait, troisième ministre entre dans les turbulences, Marielle de Sarnez, également visée par les enquêtes préliminaires concernant les assistants parlementaires européens employés au sein du parti à Paris. 
 Bayrou lui-même, président du Modem et depuis peu ministre de la Justice, aurait bénéficié de ces pratiques dont la cheffe de cabinet, la secrétaire particulière et une attachée de presse auraient été rémunérées par le parlement européen en tant qu'assistants d'eurodéputés.
  Scandale ? Pas vraiment. Marielle de Sarnez, tout sourire,  déclare que "le gouvernement ou la présidence du groupe MoDem à l'assemblée, ce sont des engagements passionnants." ! Peut-on pourtant envisager notre ministre des affaires européennes mise en cause par l'Office européen de la lutte anti-fraude (OLAF) ? On marche ... sur la tête !
  Et notre ministre d'État cherche-t-il à nous redonner confiance en pulvérisant les soupçons ? Eh bien non. Un ministre de la justice ne commente pas les affaires de justice...

  

lundi 19 juin 2017

MACRON N'EST PAS PARTAGEUR !

  La saison des compétitions électorales est terminée. Un seul et même homme a remporté toutes les coupes. Ses deux plus belles victoires sont celles auxquelles il n'a même pas participé : les primaires de la droite et du centre, d'une part, de la gauche socialiste et écologiste, d'autre part. Il n'y a pas participé en tant que candidat mais du fait de sa position de favori à la présidentielle il en a été l'enjeu et l'attrait exercé sur les candidats prêts à tout pour sauver leur siège a provoqué l'implosion des camps de droite et de gauche entre ceux décidés à rallier Macron et ceux désireux  de sauver leur parti.  
  Comme toujours les deux extrêmes, droite (FN) et gauche (France insoumise), ont profité de le faiblesse des ex grands partis pour réaliser de bons scores. Le FN qualifié au second tour se mettait à rêver, Mélenchon ne doutait pas que s'il n'était pas élu président il serait au moins le premier parti d'opposition, voire le groupe le plus important a l'assemblée ce qui contraindrait Macron à la cohabitation.
  Le problème c'est que la fatigue guette toujours les extrêmes dans ce type d'épreuves et qu'à force de hurler sans cesse et de multiplier les combats, ils terminent épuisés et s'effondrent dans un coin du ring. Ils marmonnent alors au travers de leurs dents cassées que c'est à cause du mode de scrutin majoritaire qui favorise les partis qui recueillent le plus de voix.
  Et alors n'est-ce pas le but du jeu que d'obtenir le maximum de voix ? Si l'on est Macron on y arrive tout seul, si l'on est plus faible on se cherche des alliés loyaux. Encore faut-il pour cela ne pas souffrir de troubles de la personnalité et mettre son ego de côté...
  Dernière épreuve donc emportée haut la main : les législatives. Macron peut désormais se reposer sur forte majorité absolue de 350 sièges (la majorité absolue est 289 sièges). D'autant plus absolue qu'il n'a même pas besoin des 42 députés MoDem ! Bayrou devra se faire plus modeste ou prendre sa retraite...
  Et ce n'est pas fini : le principal parti d'opposition LR-UDI-DVD obtient 137 sièges mais des ralliements à Macron sont à prévoir et même l'éclatement en deux groupes, les purs et durs dans l'opposition et les  "Macron  compatibles"; à gauche les socialistes (29), le PRG (3) et les divers gauche (12) ne vieilliront probablement pas ensemble au sein d'un même groupe où cohabiteraient les fidèles de Solferino et les rescapés de la Fronde. Une bonne partie, à commencer par Valls rejoindra les macronistes.
  Nous serons fixés le 4 juillet lors du vote de confiance sur la déclaration de politique générale du premier ministre. Parions qu'elle sera approuvée par plus que 350 voix ...
  Il ne nous reste plus qu'une étape à franchir pour en terminer avec ce préambule à " Hollande Président" et consacré à la prise du pouvoir par Macron : l’installation du nouveau gouvernement dont on nous dit qu'il est là pour durer.
  Nous aurons alors achevé notre ouvrage.

lundi 12 juin 2017

LA CINQUIÈME SEMAINE DU PRÉSIDENT MACRON : 16 = 75

 Macron a accompli, lors du premier tour des élections législatives, un grand exploit. Personne ne peut le nier, personne ne s'y attendait d'ailleurs, même pas lui, d'une telle ampleur en tout cas.
 Il est en train de se constituer une majorité absolue à l'assemblée nationale telle que l'on n'en avait jamais vue sous la cinquième République. Avec 32,32% des voix, soit 16% des inscrits, il disposerait, c'est bien le mot, d'au moins 400 députés peut-être même 450/455, c'est à dire 75% de l'assemblée !  Évidement au détriment de tous les autres partis qui subissent une sévère défaite quand ce n'est pas un désastre.
  La presse se délecte, elle adore les titres imagés, avec une préférence évidemment en faveur de "Tsunami" pour les macronistes et de "Berezina" pour ce qui restera de l'opposition. 
 Pour cette dernière, c'est déculottée pour tout le monde mais avec une mention spéciale pour le PS qui s'attend à perdre près de 300 députés, soit environ 90% des sièges qu'elle avait dans l'assemblée sortante ! Cadeau d'adieu de Hollande.
  En comparaison, les Républicains et leurs alliés (21,56%) font "beaucoup mieux" et ne perdraient "que" 50 % de leurs troupes, soit une centaine de députés...
  La France insoumise, qui ne rate aucune occasion de fanfaronner, se comporte en triomphateur : avec ses 11,02% elle dépasse "largement" le PS (7,44% sans ses alliés). Si elle s'adjoint les communistes - avec lesquels elle est pourtant à couteaux tirés - et les divers extrême gauche, LFI du haut de ses 14,5%, "écrase" non seulement les socialistes et leurs alliés (les radicaux, les écologistes et les divers gauche), "loin derrière" avec 13,81%, mais aussi le FN "réduit à 13,13%. Sacré Mélenchon, un vrai Marseillais... 
  C'est moins brillant en nombre de sièges si l'on en croit les estimations qui donnent de 20 à 30 députés au PS et à ses alliés, de 8 à 18 à France insoumise et aux alliés qu'elle s'attribue, mieux que les 1 à 5 que l'on prédit au FN. Selon le même sondage (Steria/Sopra pour France 2), la droite obtiendrait de 70 à 110 et les macronistes de 415 à 455.
 À ce niveau d'écart les chiffres réels ont peu d'importance, Macron a largement gagné son pari et disposera de tous les moyens pour gouverner. On peu ergoter sur la disproportion entre le nombre de voix obtenues par chaque parti et le total des sièges qu'il récoltera. C'est, en effet, parfaitement injuste mais c'est la règle de la Vème République et il en a toujours été ainsi, sans que cela ne choque vraiment les français qui veulent de la stabilité et de l'autorité.
  Le problème, parce qu'il y a tout de même un problème, est le suivant : Macron a été élu président avec 24 % des votants. Au premier tour, bien entendu, mais ce qui compte c'est que moins d'un quart des français qui se sont exprimés (40% se sont abstenus) l'ont choisi. c'est nettement moins que tous ses prédécesseurs. Et aux législatives, son parti n'a recueilli que 32% des voix alors que plus d'un français sur deux s'est abstenu.
 Le quotidien "Le monde" a bien perçu la difficulté en affichant en première page un camembert coupé en deux avec la moitié correspondant aux abstentions et un petit triangle jaune de 15,39% représentant le poids de l'alliance République en marche-MoDem.
  Bien entendu, il n'est pas ici question de légitimité, elle est incontestable, mais de ce qui apparaît tout de même comme un manque d'enthousiasme, voir de perplexité à son égard, de la part des français.
  Jusqu'ici tout va bien et les français n'ont aucune raison de regretter leur choix mais quand viendra le temps des difficultés, et elles ne tarderont pas à apparaître, comment réagiront-ils ? 
  Sans doute Macron se dit-il comme Laetitia Bonaparte à propos de son rejeton : « Pourvou qu'ça doure ! ». 
  
  

samedi 10 juin 2017

LA QUATRIÈME SEMAINE DU PRÉSIDENT MACRON

  On peut penser ce que l'on veut mais une seule chose est sûre, à l'Élysée et à Matignon ça bosse dur ! En moins d'un mois ils ont mis sur le métier de nombreux et très importants ouvrages.
  On le doit sans doute au caractère christique de Macron qui s'est inspiré de la règle de St Benoît pour créer son propre ordre des macronistes. St Benoit avait une devise qu'il faisait respecter par ses moines : "Ora et labora" ("prie et travaille"). St Emmanuel l'a transformé en :  "Marche et travaille.
  Peu de chance de trouver chez le coiffeur des photos de macron en maillot de bain sur la plage...Pour bosser, il bosse ! Non seulement il a beaucoup voyagé, dès le premier jour, pour rencontrer les principaux chefs d'état et se faire une place sur le toit du monde mais il n'aura cessé d'imposer à ses ministres, à commencer par le premier, à ses collaborateurs et aux cabinets, un rythme de travail de vrais bénédictins.
  On avance donc à grands pas pour finaliser les grandes réformes qui figuraient parmi les priorités du candidat Macron : moralisation de la vie publique, conformément à l'accord passé avec Bayrou qui en faisait sa priorité absolue pour rallier Macron - sans doute n'était-ce pas la meilleure idée si l'on considère le bruit grandissant que produisent les casseroles que traîne depuis quelques jours le MoDem et donc son président qui voulait faire de la morale sa marque de fabrique, mais nous y reviendrons) -, renouvellement de l'état d'urgence et renforcement des mesures contre les menaces terroristes, notamment avec la création d'une cellule anti-Daesh placée directement sous l'autorité du président, réforme du code de travail, révision des rythmes scolaires et mesures en faveur des collèges, ajournement du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu... En fait, chaque ministère s'est transformé en ruche et prépare sa prochaine réforme.
  Conformément aux engagements du chef de l'État tout devrait aller très vite. Nombreux textes sont déjà prêts et sont déjà soumis à concertation avec les organismes  concernés. Il ne reste plus qu'à attendre l'installation de la nouvelle assemblée nationale, dans un peu plus d'une semaine. Mais ici aussi tout se présente sous les meilleurs auspices.
  Tous les sondages sont unanimes et malgré les incertitudes inhérentes à l'exercice, la messe est dite et il y aura foule de moines macronistes au Palais Bourbon.
  La République en Marche devrait dépasser de plus de cent sièges la majorité absolue avec au moins 400 députés. LR + UDI sont évalués autour de 120, le PS et ses alliés à une petite trentaine, France insoumise + PC pourraient décrocher une vingtaine de sièges et le FN se satisferait de 15 députés.
  Autant dire que la majorité présidentielle n'aura besoin de personne pour faire passer ses textes, même pas de son allié le MoDem (40/50 Députés ?) ce qui serait une grande chance compte tenu des nuages qui s'amoncellent sur ce parti. 
  Lparquet de Paris, après l'enquête préliminaire qu'il avait ouverte, le 22 mars pour "abus de confiance" à l’encontre de Marielle de Sarnez, en raison de soupçon d'emploi fictif concernant  son ex-attachée parlementaire au Parlement européen,   annonce avoir ouvert une seconde enquête préliminaire dans une affaire visant d'autres assistants parlementaires du MoDem. "Le parquet de Paris ouvre ce jour une enquête préliminaire des chefs d’abus de confiance et recel de ce délit confiée à l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales afin de recueillir l’ensemble des témoignages et documents qui permettront de déterminer si des irrégularités ont été commises et si elles sont susceptibles de recevoir une qualification pénale".
  Selon Franceinfo, la ministre de la Défense, Sylvie Goulard, serait également concernée (son assistant parlementaire était le responsable de la formation des élus au sein du MoDem), tandis que la radio révèle les faits qui justifieraient la mise en cause de Marielle de Sarnez : ses assistants parlementaires, au statut local, étaient chef de cabinet de François Bayrou, sa secrétaire particulière et une attachée de presse!     
  Beau sujet pour la prochaine épreuve de philo au bac : "Un responsable politique peut-il avoir un comportement à la fois immoral et légal ? Que voulait dire Montesquieu en affirmant que le principe de la République était la vertu ? Pensez-vous que Napoléon avait raison lorsqu'il disait que la morale est bien souvent le passeport de la médisance ?
  
   

vendredi 2 juin 2017

LA TROISIÉME SEMAINE DU PRÉSIDENT MACRON, suite

DE LA FEMME DE CÉSAR À LA CUISSE DE JUPITER
  Quant on sort de la cuisse de Jupiter on peut compter sur son soutien. Macron n'a jamais évoqué publiquement l'affaire Ferrand, qui ne doit pas remonter jusqu'à l'Olympe, mais il lui a donné de nombreux signes de confiance, notamment en s'affichant à plusieurs reprises en sa compagnie.
  Il a toutefois fait passer un message lors du conseil des ministres le mercredi 31 mai : "Les choses ne vont pas forcément bien quand la presse devient juge", estimant que "chacun doit être à sa place" dans une démocratie. Emmanuel Macron a donc fait savoir à ses ministres, selon son porte-parole, que la polémique n'avait pas "vocation à devenir une affaire" tant qu'il n'y a pas d'enquête ouverte. "Seule la justice est habilitée à décider ce qui relève d'une affaire, donc d'une instruction" a-t-il conclu.
  Si l'on résume,  la presse ne doit pas se mêler d'une affaire qui ne regarde que la justice et comme cette dernière a estimé qu'il n'y avait pas lieu d'enquêter, il n'y a pas d'affaire Ferrand. CQFD.
  Pas de bol aurait dit son prédécesseur, le procureur de Brest vient d'ouvrir une enquête préliminaire et justifie ce changement d'avis par les informations parues dans la presse !



Curieux aveu : 
Bien qu'officiellement saisie,
la justice n'a pas cherché à en savoir plus. 
Mais la presse a fait le travail pour elle, 
l'obligeant à ouvrir sa propre enquête...




  
  L’Élysée et Matignon ont alors changé de pied. Il y a bien affaire puisqu'il y a enquête judiciaire mais Ferrand est innocent tant qu'il n'est pas mis en examen! S'il y en a un qui doit l'avoir mauvaise, c'est Bruno Le Roux contraint d'abandonner ses fonctions de ministre de l'intérieur dès qu'il fut révélé qu'il avait embauché ses deux filles comme attachées parlementaires. 
 Peu probable qu'il puisse y avoir une mise en examen avant les législatives. De toute façon, il reste une cartouche : mise en examen ne signifie pas culpabilité et le premier ministre a déjà dit que c'était aux électeurs d'apprécier la responsabilité de Ferrand. Chez Macron on apprend vite la politique politicienne. 
 Curieusement, le jour même de l'ouverture de l'enquête préliminaire, le titre de la "loi sur la moralisation de la vie politique" a changé pour devenir la loi "pour la confiance dans notre vie démocratique".
  On ne va tout de même pas ennuyer nos élus avec la morale ...

MACRON AFFRONTE LES TITANS
  Les Titans étaient des divinités géantes d'une force incroyable dont le chef était Cronos qui régnait au ciel. Ce n'était pas un mauvais bougre mais il avait, lui aussi, un petit problème avec la morale : il dévorait ses enfants parce qu'une prophétie avait annoncé qu'il serait détrôné par son fils ! Sa mère cacha Zeus dans une grotte et, évidemment, ce dernier se révolta contre son père, remporta la guerre contre les Titans et devint le chef des dieux olympiens.
  De temps en temps Zeus, c'est à dire Jupiter, descend de l'Olympe pour régler de misérables querelles entre les hommes (également pour séduire de jeunes mortelles,  ce qui n'est pas notre propos) mais il se consacre surtout à faire régner l'ordre entre les autres divinités qui n'arrêtent pas de se faire des crasses.
  Pourquoi cette histoire mythologique ? Parce que Macron se prend, comme Jupiter, pour le Dieu des dieux et s'est mis en tête de rappeler aux autres qui est le chef. Il a donc redressé les bretelles à Merkel, Theresa May, Poutine et Trump puis parlé ferme aux dirigeants chinois et indiens. 
  Mais Trump n'en fait qu'à sa tête et prétend que l'avenir du monde lui importe peu et qu'il n'appliquera pas les ordres donnés par Jupiter pour sauver la planète terre.
 Jupiter est donc apparu, ce jeudi, derrière sa lucarne magique et, brandissant son foudre, intima l'ordre à Trump de faire comme tous ses petits camarades, aussi puissant soit-il et d'obéir faute de quoi il serait destitué. Il s'adressa à lui dans une langue incompréhensible à de nombreux humains et le menaça de lui retirer ses sujets pour assurer lui-même leur éducation.
  Le cosmos retient son souffle. Une nouvelle bataille des Titans aura-t-elle lieu ?

LE DESTIN DES VAGUES EST DE SE BRISER
 Tous les sondages annoncent un vague macroniènne aux prochaines élections législatives. Autant l'estimation des % de vote au niveau national parait crédible (LREM : 31%; Droite : 22%; FN : 18%; la France insoumise : 11,5%; PS, EELV et divers gauche : 8,5%), autant les projections en sièges laissent place à une grande incertitude.
  Nous avons retenu trois enquêtes publiées dans la semaine. Chaque institut donne une fourchette. Au total, le score le plus bas est de 320 et le chiffre le plus élevé 415 ! Ils sont devenus prudents. Si l'on fait la moyenne des moyennes on obtient 370 députés pour LREM. 
  À prendre avec de grosses pincettes mais une chose parait claire, une semaine avant le premier tour : Macron aura une majorité absolue à l'assemblée nationale.
  Est-ce une bonne chose ? On se souvient de Mitterrand qui disait qu'une majorité trop confortable n'était pas forcément un atout pour le président. De fait, dans la foulée de sa réélection en 1988, les socialistes n'ont pas eu la majorité absolue. Mais ils ont eu Rocard et l'ouverture. Pour le premier ministre, cela n'a pas été simple et il a dû nouer des accords ponctuels avec les communistes et les modérés de l'opposition, et utiliser fréquemment le 49.3, mais on lui doit de grandes réformes dont le RMI, la CSG et les accords de Matignon sur la Nouvelle-Calédonie. La législature a duré 5 ans.
  La situation de Macron est plus complexe. Au fond, il ignore complètement de quel côté penche sa majorité. Elle est d'origines très diverses : centristes, socialistes, Républicains, non engagés. Mais une investiture n'est pas un baptême de conversion. Au début cela devrait aller, les députés LREM ayant été élus sur un programme qu'ils se sont engagés à soutenir. 
  Mais le temps passant, l’engagement va naturellement se distendre, la tentation de renouer avec ses origines sera forte et, surtout, les députés seront si nombreux que chacun pourra se singulariser sans risquer de mettre en minorité le gouvernement.
   Il y a aussi des frondeurs en marche ...







mardi 30 mai 2017

LA TROISIÈME SEMAINE DU PRÉSIDENT MACRON : lundi 29 et mardi 30 mai

Lundi 29 mai : Mac the king
  En moins de deux semaines, le nouveau président aura investi les deux lieux les plus symboliques de la royauté française : le Louvre, le jour de son investiture, Versailles pour recevoir Poutine, le Tsar de Russie. Pas de doute la monarchie lui va bien à notre Mac the King …
  En moins de 15 jours également, il aura serré la paluche (parfois jusqu’à s’en faire blanchir les phalanges) aux plus grands de ce monde, dont le président des États–Unis, les dirigeants européens, les autres membres de G7 et, ce lundi, il a reçu le président russe à Versailles. Un bien beau spectacle en vérité et Macron en a profité pour renouer le fil avec Poutine ce qui va renforcer sa position sur la scène mondiale.
  Il faut dire que cette inauguration de l’exposition consacrée au Tsar Pierre le Grand lors de sa visite en France il y a 300 ans, pour l’ouverture d’une ambassade de Russie, avait belle allure : le Tsar et le jeune roi (heureusement que Poutine s’est abstenu de prendre Macron dans ses bras comme l’avait fait son illustre ancêtre avec le jeune Louis XV !) dans la galerie des batailles de Versailles, c’était classe. À côté, le Festival de Cannes, ressemblait à la fête à Neuneu…
  Et, surtout, c’est malin. Il voulait renouer le dialogue sans légitimer le dépeçage de la Crimée et le soutien à Assad. Inutile de le cacher, nous avons ressenti en l’écoutant de la fierté. Tout le monde a saisi qu’avec Macron, il faudra compter avec la France. Poutine ne comprend, dit-on, que les rapports de force, il a été servi…
  Macron peaufine son image : cordial, ouvert à tous mais "franc et direct", selon sa propre expression, sur les principes et les intérêts de la France. Après Merkel, Trump et Poutine, il ne lui reste plus que le président Xi Jinping ce qui n’empêche que, dans les médias chinois, il soit déjà la coqueluche.
  Séduire c’est bien, convaincre, c’est mieux. Mais le plus difficile est d’obtenir ce que l’on souhaite. À cet égard l’enjeu n’est ni Trump, ni Poutine mais Merkel. Et l’Allemagne, elle, n’a plus besoin de séduire…

Mardi 30 mai : Pour échapper aux affaires, il ne suffit plus d’être En marche, il faut cavaler maintenant …
  Nous ne parlerons pas de Marielle de Sarnez et de l’enquête qui vient d’être ouverte contre elle par le parquet de Paris pour "abus de confiance". Elle est en bonne compagnie avec 19 eurodéputés de tous bords et la procédure a été initiée par le FN.  Mais il va lui falloir se battre car elle est la seule à occuper une fonction ministérielle qui devra répondre devant la justice.  À part son maître Bayrou, lui-même cité devant le tribunal correctionnel. Elle sera peut-être battue à la législative à Paris et peut-être même trainée devant un tribunal, c’est ça la fidélité.
  C’est bien le Modem, n’est-ce pas, qui a fait de la moralisation de la classe politique l’exigence première pour rejoindre Macron ? Aujourd’hui, quand on fait de la politique, avant de parler, il vaut mieux réfléchir à deux fois avant de trancher sur la morale des autres.
  Pour Richard Ferrand c’est beaucoup plus ennuyeux. Si la femme de César ne doit pas être soupçonnée, que dire du bras droit du président de la République, secrétaire général de LREM,  ami proche de Macron ? Nous ne donnerons pas la longue liste des faits qui lui sont reprochés mais, si vous ne redoutez pas l’écœurement, vous trouverez tous les détails sur les deux liens internet en renvoi (1). De toute façon, il est à craindre que l’affaire ne fasse que commencer et que l’on n’ait pas fini d’en parler.
  Voici tout de même ce que vient de déclarer Daniel Cohn-Bendit, soutien de Macron : « Pour ce qui est de Richard Ferrand, si j’avais quelque chose à suggérer à Emmanuel Macron…je dirais que le mieux pour le moment c’est que Richard Ferrand démissionne en tant que ministre, et qu’il tente sa chance en tant que député. Vu l’ampleur de ce que veut faire Macron il serait préférable que Ferrand le protège ainsi en se plaçant devant les électeurs. Et pour la suite on verra. »
  Bayrou lui, n’a pas dit un mot. Le garde des sceaux garde le silence. Et il a tellement peu envie de parler que le projet de loi sur la moralisation de la vie politique, la priorité qu’il a imposée à Macron pour se rallier, qu’il devait présenter au conseil des ministres du 31 mai, a été repoussé.
  Morale et politique, n’est-ce pas le plus bel oxymore qui se puisse imaginer ? Et si l’on réservait à la loi ce qui relève de la loi et au libre arbitre de chacun ce qui relève de la morale ?



samedi 27 mai 2017

LA DEUXIÈME SEMAINE DU PRÉSIDENT MACRON

  La première semaine du nouveau président a été consacrée à la mise en place du gouvernement et aux premières visites imposées. Avec la seconde arrive le moment des premières décisions et, tout naturellement, des premières difficultés. Nous avons retenu cinq sujets qui donnent un début d’éclairage sur la méthode Macron.

Moralisation de la politique ou politisation de la morale ?
  Conformément à l’engagement pris par le candidat, la procédure est déjà en cours avec la remise au gouvernement du plan Dosière (René Dosière est député apparenté socialiste) qui servira de base au projet de loi.
  Mais un début de polémique est lancé qui risque, comme souvent en France, d’être l’arbre qui va cacher la forêt.
  Qui est en charge du projet de loi ? Le garde des sceaux François Bayrou. Or deux jours à peine après sa nomination il est renvoyé en correctionnelle devant la 17ème chambre de Paris (le 10 janvier 2019 seulement, on aura tout le temps d'oublier !)).
  Le Monde qui traite de la nouvelle a ce commentaire bien conforme à l’esprit du journal : « De mémoire de magistrats, cela ne s’était jamais vu.... S’il est encore ministre de la justice à cette date, il se retrouvera face à un procureur sur lequel il a un pouvoir de nomination, ce qui risque de soulever des questions. » Une manière de dire que c’est un sale coup pour lui et pour le Président qui l’a désigné. Oh, l’affaire n’est pas bien grave, il ne s’agit que d’une plainte en diffamation contre le maire de Pau.
  À Matignon, où l’on apprend vite la langue de bois politicienne, on affirme  que « L'honnêteté et l'intégrité de François Bayrou ne sont pas mises en cause dans cette affaire, il n'y a pas de sujet ».
  Admettons, mais la diffamation est un délit, sans doute un délit mineur mais un délit tout de même. Par chance, ou par pur hasard, le projet Dosière prévoit de manière explicite qu’une condamnation pour diffamation n'aurait pas de sanction politique. On se demande si Bayrou retiendra cette proposition. Tout de même, un ministre de la justice jugé par des magistrats et susceptible d’être condamné par un tribunal...
  Chirac disait que "les emmerdements volent en escadrille". Cette deuxième semaine a donné lieu à une seconde affaire qui touche cette fois Richard Ferrand, le ministre de la cohésion des territoires, très proche  du président. L’affaire remonte à 2011 quand il était directeur général des Mutuelles de Bretagne. On lui reproche d’avoir favorisé son épouse dans le montage financier d’une opération immobilière (et juteuse) permettant à cette dernière de louer des locaux à la mutuelle. Et ce n’est pas tout, le "canard" dispose d’un fusil à deux coups dont le second a pointé un emploi d’attaché parlementaire que son fils a occupé 4 mois, début 2014 pour 6.800€ nets.
  Cela ne vous rappelle rien ? Primo, l’opération immobilière n'a rien d’illégal, même s’il reconnaît que «ça tombe mal car cela crée de la suspicion dans un contexte de suspicion» ; secundo, pour son fils,  «si c’était à refaire il ne le referait pas.»; tertio, une gaffe de son cabinet : «Je vous invite à aller faire un tour en Centre-Bretagne. Ce n’est pas simple de trouver un jeune, volontaire, pour travailler cinq mois, qui sait lire et écrire correctement, aller sur Internet.» Les bretons apprécieront…
  Pas de panique. Le parquet national financier a annoncé qu'il n'ouvrirait pas d'enquête. Comme dans une affaire un peu similaire, il réagit très rapidement, mais pas dans le même sens.
  Matignon affirme que "l'honnêteté de Richard Ferrand n'est pas en cause." Il ne reste plus qu'à espérer que le canard n'a pas d'autres cartouches pour les semaines à venir ...
 Premiers chocs entre la morale et la nécessité politique. Selon que vous serez puissant ou misérable, de la majorité ou de l'opposition, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir...

De minimis non curat praetor
  Invité de "L'émission politique", le 6 avril sur France 2,  Macron a déclaré à propos de Notre dame des Landes.  « Il y a eu un vote, mon souhait est de le respecter et de faire l'aéroport.» Certes, il a précisé qu'il se donnerait six mois pour convaincre les Zadistes qui occupent les lieux : « Je ne vais pas arriver et envoyer les militaires. La nomination d'un médiateur calmera les choses pendant six mois. Si je n'arrive pas à convaincre, je ferai respecter les choses. » Et de conclure : « Je prendrai mes responsabilités et je ferai évacuer la zone. »
  Dans le JDD du 21 mai, le premier ministre confirme la nomination d’un médiateur et ajoute : « Il est urgent de baisser le niveau de tension sur ce dossier. La médiation va nous y aider. Elle durera six mois. » L’important est ce qui suit : «Nicolas Hulot et moi souhaitons vraiment que toutes les options soient sur la table. Puis viendra le temps de la décision et la mise en œuvre. »
   Nous, on avait compris que Macron voulait faire respecter le vote, évacuer la zone et construire l’aéroport. Parions qu’il attendra le résultat de la "conciliation", qu’il laissera le premier ministre décider en accord avec Hulot et que s’en sera fini du nouvel aéroport. Pratique d’avoir un 1er ministre de droite et un ministre d’état écologiste !

La confiance n'exclut pas le contrôle
  Le candidat l’avait annoncé, le président l’a décidé. Le gouvernement a donc lancé un audit des finances publiques. Si un candidat d’opposition avait gagné on aurait compris qu’il cherche à mettre en exergue les dérives de son prédécesseur mais faire un audit sur une situation dont on est soi-même largement responsable ! Car Macron a bien été successivement, avant l'élection, le principal rédacteur du projet économique du candidat Hollande, puis, à l'Élysée, le secrétaire général en charge des questions financières, enfin, son ministre de l’économie jusqu’à quelques mois avant la fin du quinquennat, non ?  Cela ne l'empêche pas de s’inquiéter de la situation financière de la France alors même que la cour des comptes a annoncé qu’elle était en train de procéder à un tel audit ! Peut-être redoute-t-il que Hollande ne soit parti avec la caisse et que la cour ne s’en aperçoive pas ? 

L'État, c'est moi !
  Le président dévoile progressivement le "domaine réservé" qu'il est en train de se constituer. Il s'agit, bien entendu,  des réformes emblématiques de son programme qui feront de son mandat une réussite ou un échec.
  La priorité des priorités est la refonte du code du travail dont il vient de donner le top départ. Un discours à la nation, une interview avec des journalistes, la déclaration de politique générale du premier ministre ? Sûrement pas, il passe directement au concret et tout seul.
  Mardi il a reçu les patrons des syndicats de salariés et d'employeurs qui sont venus tout seuls. Lui-même n'était entouré ni du premier ministre ni de la ministre du travail. Ils interviendront dans un second temps, lors des réunions de travail avec les partenaires sociaux. Le président tenait à expliquer en tête à tête avec les leaders syndicaux les grands principes de la réforme et les modalités de sa mise en oeuvre. Il n'avait donc dans le bureau que deux collaborateurs qui suivront tout particulièrement le sujet : le secrétaire général de l'Élysée, Alexis Kohler, son bras droit, et Pierre-André Imbert, le conseiller social de l'Elysée. Tout le monde a compris que le pilotage du projet sera assuré par la présidence de la République.
  Il fallait d'ailleurs les voir, à leur sortie, les Mailly, Berger, Martinez, Gattaz, etc. On aurait dit qu'ils avaient vu la vierge !
 Après s'être attaqué aux partis politiques, qu'il a découpés en mille morceaux, Macron va maintenant s'occuper des syndicats. De fait, il est sur le point de réaliser un exploit historique : couper FO de la CGT. Ce n'est plus "Mac the Kid", mais "Mack the Knife"!

"Oh, le bébé requin, a de telles dents, chérie ...
Et il les montre, blanc nacré ...
Tu sais que le requin mord avec ses dents chérie ...
Et il n'y a jamais, jamais une trace de rouge" (1)

Sur le toit du monde
  Cette deuxième semaine a enfin été marquée par l'entrée officielle du débutant français dans le bal des Grands de ce monde : sommet de l'OTAN jeudi à Bruxelles et sommet du G7 vendredi et samedi en Sicile.
 Il n'y en avait que pour le jeune président français, objet de tous les regards et centre de tous les égards (il a eu droit à un déjeuner rien que pour lui avec Trump!). Du coup, il a remis la France, dont la parole est de nouveau écoutée, au centre du jeu diplomatique. Avec le canadien Trudeau et l'italien Renzi, il symbolise le renouveau des dirigeants occidentaux.
  Élève Macron vous avez les Encouragements!
 En attendant les Félicitations au soir du second tour des élections législatives...

(1)Tirée de de "l'Opéra de quat'sous"(1928), la célébrée"complainte de Mackie" a été popularisée par les plus grands interprètes américains, Louis Amstrong, Ella Fitzgerald, Frank Sinatra et tant d'autres...




samedi 20 mai 2017

LA PREMIÈRE SEMAINE DU PRÉSIDENT MACRON

 Difficile de dire le contraire, la première semaine du quinquennat d’Emmanuel Macron a été un sans-faute. Exit le président normal, voici le président "Jupitérien", un président au-dessus de la mêlée, chef incontesté de l’État.
  Dès le dimanche 14 juin, jour de son investiture, on avait compris. Un discours sur son projet pour la France, clair et ferme devant les corps constitués et les personnalités invitées à la cérémonie. Puis la remontée des Champs-Élysées debout dans un véhicule militaire pour montrer qu’il était le chef des armées d’un pays en guerre contre le terrorisme et en état d’urgence.
  La hauteur qu’il attribue à sa fonction n’empêche pas l’homme d’être chaleureux, souriant et au contact des gens. D’en haut comme d’en bas. On a compris que sa parole serait maitrisée et qu’on ne l’entendrait pas sans cesse commenter l’actualité et ses propres faits et gestes. Le voilà, enfin, le changement.
  Le lundi 15, il nomme le premier ministre puis se rend à Berlin pour y rencontrer la chancelière Angela Merkel.
  Autant ce déplacement est une tradition pour chaque président à peine élu qui se doit de réserver à l’Allemagne sa première visite à l’étranger.  Ce fut l’occasion de proposer "une refondation historique de l’Europe". La reconstitution du tandem franco-allemand est en marche.
  Autant le choix du premier ministre nommé est une révolution. La France a connu des cohabitations imposées par l’arrivée d’une majorité parlementaire hostile mais c’est la première fois qu’un président, nouvellement élu de surcroît, nomme un premier ministre issu du principal parti d’opposition.
  Edouard Philippe, 46 ans, député LR, maire du Havre, énarque et éclectique en politique. Dès sa scolarité à Sciences Po. il s’engage aux côtés de Rocard et adhère au parti socialiste. Deux ans plus tard, il rend sa carte et se rapproche de Rufenacht maire RPR du Havre. En 2002, il rejoint Juppé et l’assiste dans la création de l’UMP dont il sera le chef des services administratifs, puis intégrera son cabinet lorsqu’il fut nommé ministre de l’environnement en mai 2007. Mais battu aux élections législatives le mois suivant, Juppé doit démissionner.  
  Édouard Philippe, s’engage alors dans le privé chez AREVA ce qui lui vaudra la réputation d’anti-écologiste. Très actif dans le lobbying pro-nucléaire, il milite contre la loi relative à la transition énergétique tandis qu’il soutient le projet de construction d'un aéroport à Notre Dame des Landes. Il dira : « Entre l’emploi et l’environnement, je choisirai toujours l’emploi.» 
Son ministre de l’environnement, ministre d’État est Nicolas Hulot…
 Il est élu maire du Havre en 2010 et certains se souviennent de la décision de la municipalité de faire jeter à la poubelle 8.500 portions de mousse au chocolat destinées aux cantines scolaires en raison de présence de gélatine de porc.
  Élu député en 2012, il sera rappelé à l’ordre par la haute autorité pour la transparence de la vie publique pour "manquement d’une certaine gravité". Il sera contraint de corriger sa déclaration mais dira : « Comme beaucoup de parlementaires, sans doute, j’ai essayé de concilier le respect de la loi et une forme de mauvaise humeur. » Le premier acte important de son gouvernement sera de faire approuver la loi sur la moralisation de la vie publique…
  Lors des primaires de la droite et du centre il est porte-parole de Juppé puis intègre l’équipe de Fillon avant de quitter son poste à la suite des affaires.
  Dans les différentes fonctions qu’il a occupées pendant les primaires il a participé au choix des candidats investis par LR. Chef de la nouvelle majorité "La République en marche" il soutiendra les candidats macroniens contre les candidats des Républicains.
 Cet homme est un véritable couteau suisse.
 Le mardi 16 est consacré à la composition du gouvernement qui est nommé le mercredi 17. Engagement tenu : 12 femmes et 12 hommes, 50% (ou à peu près) de ministres issus de la société civile. Un gouvernement de droite et de gauche et du centre (parmi les politiques clairement estampillés, trois viennent de la droite, dont le premier ministre, trois du centre (MODEM), 2 du parti radical de gauche et quatre du parti socialiste).
  Du jamais vu ! Ce n’est pas une coalition comme on en a connu, sous Jospin par exemple, avec la gauche plurielle qui reposait sur un accord électoral et une plateforme politique commune.
 Cela ne ressemble pas non plus à l’ouverture pratiquée par Sarkozy avec des ministres de gauche qui n’étaient que des débauchages individuels.
  Ici, nous sommes en présence d’une stratégie globale élaborée avec une précision d’horlogerie. Bien entendu, du côté des ralliés il s’agit surtout d’assouvir des ambitions personnelles, voire de sauver tout simplement sa peau électorale (Le Maire, par exemple assuré d’être battu s’il avait eu un candidat LREM contre lui…).
 Mais pour le président, l’objectif est double.
  Le premier est politique : démontrer que l’on peut dépasser les clivages politiques et rassembler des personnalités de bonne volonté derrière une politique.
  Le second, même pas dissimulé, obtenir une majorité disciplinée derrière le président et dynamiter l’ensemble des partis politiques actuels. Si, pour savoir s’il obtiendra une majorité absolue il faut attendre les élections, pour l’éclatement des partis politiques c’est déjà fait avec les écologistes et le PS, c’est en marche pour les Républicains et c'est déjà amorcé pour le Front national avec le départ effectif de Marion Maréchal-Le Pen et la démission annoncée de Philippot. Quant aux insoumis, leur sort sera réglé après les législatives.
 Tous les clignotants sont au vert pour Macron. Mais le principe de la chance est qu’elle tourne. Même s’il obtient la majorité absolue à l’assemblée pourra-t-il faire confiance à une armée constituée de bric et de broc entre individus ou groupuscules qui sont en désaccord sur bien des points. Le nucléaire : stop ou encore ? Notre Dame des Landes : ni oui, ni non ? La loi travail : on reconstruit ou on repeint ? Et ainsi de suite…
Qui a trahi, trahira !
  Jeudi 18, premier conseil des ministres. Photo sourire et leçon faite aux ministres : désormais on la ferme, même quand on est d’accord. C’est pourquoi la photo officielle est faite à l’intérieur, à l’écart des journalistes, pour éviter les tentations de petites phrases.
  Vendredi 19, second voyage symbolique du président, au Mali à la rencontre des militaires français qui combattent au Sahel. Que tout le monde se le dise, le chef des armées désormais c’est lui seul. C’est pourquoi Le Drian a été chargé de gérer petits fours et macarons aux Affaires étrangères.
C’est Jupiter qui tient le foudre dans la main…
  En revanche, il a bien pris soin de se tenir, lui et ses fidèles, à l’écart de l’économie et des finances. Cadeau empoisonné pour les supplétifs de droite. S’ils réussissent, ce sera grâce à la politique inspirée par le président, s’ils échouent, ils retourneront dans leurs provinces. Ceux au moins qui auront conservé leur manoir.